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Scènes de chasse sur les sceaux

Arch. dép. Aube, 3 H 2302,
(c) Arch.Dép. Aube

Les Archives départementales de l’Aube souligne une œuvre exceptionnelle chaque mois. C’est une belle façon de montrer la diversité et la richesse de ses collections. En juin 2023, l’œuvre du mois portait moins sur une œuvre spécifique et plutôt sur un ensemble : les scènes de chasse représentées sur les sceaux dans la Champagne du XIIIe siècle. Écrit par Arnaud Baudin, c’est un sujet tout à fait passionnant avec des exemples époustouflants de sceaux !

L’article est à lire ou à redécouvrir sur le site des Archives.

Bonne lecture !

Prochaine conférence de la SFHS 19/03

La prochaine conférence de la Société française d’héraldique et de sigillographie aura lieu ce jeudi, le 19 mars à 18h. Animée par M. Michel Nassiet, professeur émérite d’Histoire à l’Université d’Angers, la soirée portera sur « L’héraldique et la datation des romains médiévaux : le case de Flamenca (XIIIe siècle) ».
La conférence sera uniquement en visioconférence. Voici le lien de connexion et vous trouverez plus de précisions sur l’annonce.

Ne manquez pas cette soirée qui s’annonce passionnante !

Etude d’un sceau équestre du chevalier zélandais Wolfert van Borselen

  • Daniel KELLER

Wolfert I van Borselen (Borssele), seigneur de Veere et Sandenburch (1250-1er août 1299), vassal du comte de Hollande, est sans doute un personnage historique majeur1: fondateur de Veere, constructeur du château de Sandenburch, il est le chef de file de la noblesse zélandaise, œuvrant pour l’autonomie et la charte foncière de la Zélande. C’est lui qui jette les bases de la grande position et de la richesse de sa famille. Elle appartenait probablement à l’origine à la petite noblesse terrienne dont émerge au XIIIème s. une noblesse de cour avec notamment la famille Borssele. Mentionné pour la première fois en 1271, Wolfert I est cosignataire en 1276 avec Floris V, comte de Hollande d’un traité (commercial), avec les marchands de Deventer. Vassal du comte de Hollande en 1280, il est fait chevalier en 1284. Entre 1290 et 1296 il choisit le camp de Guy de Dampierre, comte de Flandre, qui revendiquait la souveraineté sur la Zélande puis se réconcilie avec le comte de Hollande Floris V. Après l’assassinat de ce dernier en 12962, il devient un des principaux conseillers de son fils Jan I qui lui accorde plusieurs fiefs. C’est peut être une raison pour faire fabriquer de nouvelles matrices dont la plus grande est à peine plus petite que celle du comte3 . Il se débarrasse de son principal rival Jan van Renesse, bailli de Hollande méridionale, qui fuit en Flandre et étend considérablement ses propres possessions. Finalement il s’empare de toute l’autorité du gouvernement qu’il utilise pour s’enrichir. Sa soif du pouvoir lui vaut l’hostilité des nobles Hollandais et des habitants des villes néerlandaises. Le 1er août l’aristocrate détesté qui exerçait le pouvoir réel dans le comté en profitant de son ascendant sur le jeune comte Jan I, est assassiné par ses opposants à Delft4.

Plusieurs grands sceaux équestres sont connus entre 1277 et 1298 par leur empreinte ou leur moulage conservés dans les Archives générales du Royaume de Belgique5, les Archives départementales du Nord6, la collection de moulages des Archives nationales de France7, décrits dans le Corpus Sigillorum neerlandicorum8, ou représentés dans l’ouvrage de Raadt9 (Sceaux armoriés des Pays-Bas). Le chevalier tourné vers la dextre est coiffé d’un heaume ovoïde cimé d’un panache en forme d’éventail, chacun se terminant par une petite croix, revêtu d’une cote d’armes couvrant son haubert. De sa main gauche, il tient un écu portant ses armoiries, une fasce à trois étoiles à cinq raies en chef, armoiries qu’on retrouve sur la housse de cheval. Il brandit une épée de sa main droite. Des ailettes protègent ses épaules. La légende du sceau se lit de la façon suivante : « ISTVD SIGILLVM EST DMI WLFARDI DE BARSALIA  MILITIS». Le contre-sceau est héraldique et porte la légende : « SECRET WLFARDI DE BARSALIA ».Le diamètre du grand sceau est de 68 mm.

Matrice du sceau de Wolfert van Borsele Rijksmuseum Amsterdam

Par ailleurs une matrice datée des années 1298-1299 ainsi qu’un dessin10 sont conservés au Rijksmuseum d’Amsterdam11.

Dessin de la matrice Rijskmuseum Amsterdam

Une belle reproduction très fidèle à l’original, à l’exception d’une chainette plus courte et de l’appendice de préhension du contre-sceau, existe dans une collection particulière.

Reproduction de la matrice

Son empreinte est représentée sur la page de garde d’un ouvrage d’un historien hollandais Dirk Leendert Roth 12.

Elle diffère légèrement des empreintes plus anciennes par le cimier en forme d’éventail ou d’écran, la têtière du cheval et la position de la tête du destrier ainsi que par son diamètre 78 mm selon le Rijksmuseum13 et selon Alphen14. C.Hoek15 émet l’hypothèse que Wolfert I aurait ainsi fait réaliser entre 1298 et 1299, peut-être par un orfèvre allemand, une nouvelle matrice, plus grande que la précédente (68mm), la plus grande possible mais sans s’autoriser à égaler celle du comte Jan (80mm) ou Floris V (84mm)..Le cimier différent serait-il la marque distinctive d’une autre branche ou une brisure ?  « Des mêmes familles portant des cimiers différents »…. « Au XIII ème s. son (cimier) emploi est assez irrégulier : les uns le portent, les autres n’en ont pas ou bien en changent selon leur caprice ». « Encore voit-on, quelquefois, les fils, surtout les cadets, en prendre un autre que le chef de famille »16.8 Selon Raadt17, « Une certaine fantaisie (avant le XIV ème s.) a régné dans l’emploi des cimiers »… On ne peut pas non plus écarter une certaine marge de manœuvre de l’orfèvre qui l’a gravée.

Il aurait perdu son sceau ou l’aurait rendu délibérément introuvable en le jetant au moment de sa fuite en 1299 pour éviter que les chartes rédigées par ses adversaires ne soient ratifiées avec son sceau. La matrice, avec le contre sceau, a été retrouvée en 1870 lors des grands travaux de dragage effectués aux Pays-Bas entre 1866 et 1872 pour créer la « Nieuwe Waterweg » (la nouvelle Meuse) de Rotterdam à la mer. L’endroit le plus logique serait la Nouvelle Meuse près de Rotterdam où Wolfert a passé les dernières années de sa vie18. L’œuvre a été ensuite vendue en 1877 lors d’une vente aux enchères au Nederlandsch Museum, le futur Rijksmuseum d’Amsterdam où elle est conservée aujourd’hui19.

En conclusion on pourrait énoncer l’hypothèse suivante expliquant l’existence de deux sceaux équestres avec de légères variantes. Une première matrice d’un sceau équestre a été utilisée de 1277 à 1298. Abîmée ou usée ou perdue, elle aurait été remplacée après le 28 mars 1298 par une seconde plus grande. Pour Arnaud Baudin, Directeur adjoint des archives de l’Aube, « on ne change pas de cimier sans motif ». La modification peut traduire une volonté de s’affirmer estime Clément Blanc-Riehl, responsable des collections sigillographiques des Archives nationales. Les armes du chevalier sont ainsi montrées quatre fois (cimier, têtière, écu et housse du cheval). L’augmentation de taille traduirait sans doute une meilleure position politique ou des prétentions nouvelles.

Notes – De Raadt cite trois empreintes de diamètre 70 mm pour les années
1292, 1298 et 1299. C.Hoek émet l’hypothèse que la nouvelle matrice
aurait été réalisée après le 28 mars 1298, alors que l’ancienne était encore
utilisée…
-Dans le cas du sceau de 1298-1299, les auteurs évoquent tantôt 78mm
tantôt 75 mm comme la copie également. (col. part.)
-Gijs van der Ham parle de deux matrices mais ne précise pas s’il s’agit
de deux matrices ou d’une matrice et du contre-sceau .
Un problème non résolu : La copie de la(ou d’une) matrice a un diamètre de
75 mm alors que le modèle celui du Rijksmuseum fait 78 mm…
Voir aussi les chartes de Hollande et de Zélande :
Oorkoondenboek van holland en Zeeland tot 1299- https://www.huygens.knaw.nl
Notamment une charte du 30 octobre 1290.

Sources :

1 Dictionnaire biographique des Pays-Bas,1854.

2Alphen, Provinciale Nordbrabantsche en ‘s—Hertogenbossche courant 12 augustus 1870.

3Gijs van der Ham : « Zegelstempel van een ridder » in De geschiednis van Nederland in 100 voorwerpen ,Rijksmuseum, 2013.

4Obreen…(Dr.Henri) Het geslacht van Borselen in De Nederlandsche Leeuw,1927, Jahrgang 45 p.363-364.

5Archives Générales du royaume de Belgique, Chartes de Flandre, n°18889.

6Archives départementales du Nord, inventaire des sceaux de Flandre, Chambre des Comptes, n°611.

7Collection de moulages des Archives nationales de France, sceaux de Flandre n° F 611.

8Corpus sigillorum neerlandicorum, n°759 et 760.

9Raadt (J.-Th. De), les sceaux armoriés des Pays-Bas et des pays avoisinants, 1898, pp.80,89, 295-296,315.

10Derkinderen(Antoon), Schetsboek met 51 bladen, 1892-1901.109.Roth (Dirk Leendert ), Ene stille waerheyt va1n sware dingen,Delft,2007. https://id.rijksmuseum.nl/200606527

11Rijksmuseum d’Amsterdam, zegels et fiche d’inventaire, https://id.rijksmuseum.nl/20048407

12Dirk Leendert Roth, Ene stille waerheyt van sware dingen,,Delft,,2007.

13Belaerts van Blockland (Dr.W.A.),De zegels der Graven van Holland , in De Nederlandsche Leuw, p.135-136.

14Alphen, Provinciale Nordbrabantsche en ‘s—Hertogenbossche courant 12 augustus 1870.

15Hoek (C.), heraldik uit boden-en baggervondsten, in De nederlandsche Leeuw, Jaargang CX, nr.7-8, juli-augustus,1993,p.303-311.

16Raadt (J.-Th. De), les sceaux armoriés des Pays-Bas et des pays avoisinants, 1898, pp.80,89, 295-296,315.

17Raadt (J.-Th. De), les sceaux armoriés des Pays-Bas et des pays avoisinants, 1898, Tome I, p.89.

18Raadt (J.-Th. De), les sceaux armoriés des Pays-Bas et des pays avoisinants, 1898, pp.80,89, 295-296,315.

19Rijksmuseum d’Amsterdam, zegels et fiche d’inventaire, https://id.rijksmuseum.nl/20048407

Heraldica nova – à nouveau sur le fil des actualités

Beaucoup entre vous se souviennent du carnet de recherche Heraldica nova. Ce blog scientifique géré par la chaire de Digital History à l’Université Humboldt de Berlin existe depuis 2013 et est un lieu de discussion sur l’héraldique – à la fois dans le sens culturel et historique.

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