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« Sous le sceau de l’Europe » : une exposition en ligne vous présente quelques sceaux européens


Aboutissement de son travail, un stagiaire-archiviste des Archives de l’UE propose une exposition inédite sur les sceaux des premières communautés européennes. À partir d’une étude récente concernant les usages qui en sont faits, il éclaire comment un objet matériel se fait un instrument de légitimation juridique et symbolique.

  • Nicolas KERNEL

Jeune archiviste et historien de formation, Nicolas Kernel a soutenu le 13 novembre 2025 son master en Gestion contemporaine des archives de l’Université de Haute-Alsace à Mulhouse. Son travail de fin d’étude s’est construit autour d’un article rédigé lors de son stage aux Archives historiques de l’Union européenne (AHUE) à Florence, expérience in situ unique achevant son master en archivistique. Saluée par les félicitations du jury pour son approche novatrice, cette étude de l’usage et des symboliques iconographiques du sceau a particulièrement retenu l’attention des examinateur·rices, pour l’originalité du sujet de cette recherche à la croisée de l’histoire institutionnelle, de la diplomatique et des pratiques documentaires.

Pour marquer la fin de son année de stage, Nicolas accompagné de l’équipe des archivistes des AHUE a finalement conçu une exposition en ligne illustrant son article en mettant en lumière les sceaux conservés aux Archives et invitant le public à découvrir les enjeux de pouvoirs qu’ils rescellent. Cela marque l’aboutissement de ce beau projet avec au cœur : le sceau, même contemporain !

L’exposition a également l’originalité d’être bilingue et transposable en français et en anglais. Voici le lien pour accéder à la version française : https://archives.eui.eu/fr/audio_visual/exhibitions/42/exhibition_pages/113.

Pour ce faire, par une recherche minutieuse, Nicolas a mené, entouré et soutenu par les archivistes des Archives de l’Union européenne, le récolement quasi complet de tous les sceaux alors conservés à Florence. Pour cela, il est parti dans les dépôts à la chasse du moindre sceau, en dépouillant des fonds institutionnels comme privés, et en fouillant les fonds de boîte et de tiroir !

Sceaux et usages du sceau dans les premières communautés européennes

L’article explore le rôle du sceau comme outil central de légitimation dans les premières communautés européennes, en montrant qu’il ne s’agit pas d’un simple objet formel, mais d’un véritable instrument de pouvoir symbolique et juridique. À travers une analyse des pratiques de scellement, des choix iconographiques et des règles d’usage, il met en évidence la manière dont les institutions ont cherché à rendre visibles leur autorité, à garantir l’authenticité de leurs actes et à forger une identité institutionnelle crédible. Le sceau apparaît ainsi comme un objet à la fois matériel et performatif : il certifie les documents, engage des responsabilités juridiques précises et participe à une véritable mise en scène du pouvoir administratif et judiciaire. L’étude souligne également le rôle décisif de certains acteurs, souvent issus de l’administration, dans ces processus d’uniformisation et de normalisation documentaire, révélant l’importance du travail administratif dans la construction concrète de la légitimité européenne. Pour étayer cette réflexion, l’article s’appuie sur deux études de cas complémentaires de deux institutions qu’oppose leur rapport solennel au document.

Sceau de la Cour de justice des Communautés européennes

En effet, la Cour de justice des Communautés européennes (puis dès 2009 de l’Union européenne, CJUE) adopte dès sa fondation le sceau comme un symbole fort et unifié, s’inscrivant dans une tradition judiciaire européenne de longue durée, mobilisant une iconographie classique et une référence au latin afin d’affirmer la solennité et l’autorité du droit communautaire.

À l’inverse, au sein de la Commission Euratom (Communauté européenne de l’énergie atomique, CEEA), l’usage du sceau relève davantage d’un processus administratif progressif, marqué par des pratiques hétérogènes, des ajustements successifs et une attention croissante à la responsabilité juridique et à la traçabilité des actes.

Sceau de la Commission Euratom

La comparaison fait ressortir un contraste saisissant entre une institution judiciaire attachée de continuité symbolique et une administration en pleine construction, confrontée à la nécessité de normaliser ses outils de travail. Elle révèle cependant un point commun essentiel : dans les deux cas, la maîtrise des formes documentaires et des signes d’authentification s’avère indispensable pour asseoir l’autorité des institutions européennes et rendre leurs décisions recevables, lisibles et durables.

Retour au sceau alsacien ?

« Je suis tout simplement un fondu (rires), non pas de cire, mais de sceau, objet que j’ai découvert en 2021 au tout début de mon premier master en histoire médiévale, à l’Université de Strasbourg. Devant fréquenter les archives alsaciennes pour rédiger mon mémoire de recherche, consacré à l’étude de Richard Puller de Hohenbourg, chevalier homosexuel alsacien du XVe siècle, j’ai rencontré son sceau, qui m’a permis d’adopter une approche mêlant histoire sociale, culturelle et des représentations.

« J’essaie d’ailleurs toujours de rester un membre actif du groupe SigiAl en reprenant la collecte et la saisie des sceaux alsaciens sur SIGILLA. Pour moi, le sceau est un objet au cœur de multiples intérêts : les formes matérielles de l’autorité, les processus de normalisation documentaire et la construction symbolique des institutions, du Moyen Âge à l’époque contemporaine. Tout simplement fascinant, non ? »

Les Sceaux de l’Italie lombarde (VIIe – XIe siècle)

Anneau sigillaire de Rodchis, Cliché : Commune di Milano, Civico Museo Archeologico, St. 19467

Dans le cadre des conférences de la Société française d’héraldique et de sigillographie (SFHS), M. Guilhem Dorandeu présentera « Les sceaux de l’Italie lombarde (VIIe – XIe s.) » ce jeudi prochain le 16 avril à 17h.

Assistez sur place au Centre d’accueil et de recherche des Archives nationales (11, rue des Quatre-Fils, 75003 Paris, salle suspendue) ou bien en visio (lien de connexion : https://us06web.zoom.us/j/84081738764?pwd=AsnjZErxWbZLLAjFjyy4ddjSVLHRB5.1

Membre de l’Ecole française de Rome, M. Dorandeu nous parlera des sceaux trouvés dans le cadre de ses recherches. Une conférence qui s’annonce passionnante et à ne pas rater !

Pour plus d’informations, consultez les Actualités de la SFHS et sa newsletter datée avril 2026.

Les Actualités de l’Alsace

L’antenne régionale de SIGILLA, SigiAl – Sigillographie de l’Alsace – continue sa collecte et son travail de numérisation des sceaux conservés dans la région. Pour rappel, ce projet porté par Thomas Brunner de l’Université de Strasbourg et l’UMR 3400 ARCHE, a vu le jour fin 2019. Grâce aux efforts d’un réseau de volontaires, d’étudiants et d’universitaires, les Alsaciens ont trouvé la bonne formule. Lors d’une réunion d’équipe récent, SigiAl a fait un point d’étape et les résultats étaient époustouflants !

La base SIGILLA comprend plus de 14 000 empreintes alsaciennes – ce qui fait que bientôt 1 empreinte sur 4 vient d’Alsace. Avec un corpus de plus de 9 000 actes photographiés, SIGILLA devient la plus grande source en ligne pour les chartes alsaciennes.

L’équipe travaille grâce aux collectes individuelles des collaborateurs mais aussi de manière collective lors des journées de collecte ou des ateliers de saisie. De tels événements sont organisés chaque mois ce qui permet l’inclusion de plusieurs contributeurs et la possibilité de se rendre aux archives diverses. Ainsi, l’équipe était au 1er avril à Reichshoffen pour traiter les archives privées de De Dietrich.

Surveillez bien la base SIGILLA pour les nouveaux ajouts de nos amis alsaciens et bravo à toute l’équipe ! Continuez comme ça !

Pour apprendre plus sur SigiAl et ses activités, consultez son carnet hypothèses.