Suite au 450e anniversaire de l’accession d’Henri de Valois au trône polonais, l’École Pratique des Hautes Études et le projet SIGILLA, avec le soutien de la Fondation Zaleski, ont mené une étude sur des documents fondamentaux pour les relations franco-polonaises au XVIe siècle, c’est-à-dire l’acte d’élection d’Henri de Valois, duc d’Anjou (futur Henri III de France) en tant que roi de Pologne[1], l’acte de déclaration de l’élection d’Henri de Valois, duc d’Anjou au trône de Pologne[2], ainsi que des recherches supplémentaires sur l’acte de la Confédération générale de Varsovie[3] en 1573 (introduisant la tolérance religieuse dans la République des Deux-Nations), dans le but de valoriser les deux premiers actes eux-mêmes et d’approfondir notre connaissance de la sigillographie polonaise de l’époque moderne.
Cette tâche a été confié à moi, l’auteur de ce petit article, un jeune historien et doctorant polonais, Mateusz Ziółkowski. Après avoir reçu une formation historique en Pologne et en France, je me spécialise dans l’histoire de France du XVIe siècle, ses relations internationales (notamment franco-polonaises) et le milieu dynastique dans le même période.
Les documents de l’élection d’Henri de Valois au trône polonais n’ont pas fait l’objet de recherches exhaustives dans le passé. Nous ne disposons ni des transcriptions, ni des éditions de source ; le nombre de sceaux apposés sur l’acte d’élection était indiqué de manière erronée. En ce qui concerne les sceaux eux-mêmes, leur état de conservation – la majorité est visiblement protégée par des sachets de soie rouge et une petite feuille de papier au-dessus de la cire ; certains de ces sachets ont aujourd’hui disparu et rendent les sceaux lisibles, d’autres sont hélas agglomérés par la cire – rendent difficile leur étude.
Néanmoins, avec le soutien du personnel des Archives diplomatiques, nous avons mené la première phase du projet. Nous avons compté les sceaux : au total, 121 sont apposés à l’acte d’élection, dont 15 sont lisibles ; 11 sceaux sont apposés à l’acte de déclaration et tous sont lisibles. Nous avons pris des photos de tous les sceaux lisibles et l’identification des sigillants a commencé.
Si, dans le cas de l’acte de déclaration, l’identification des sceaux n’a posé aucun problème, dans le cas de l’acte d’élection, la transcription du texte du document en cours de préparation, ainsi que le document de la Confédération de Varsovie déjà mentionné, avec ses sceaux, devaient jouer un rôle important dans ce processus. Malheureusement, comme cela n’est apparu qu’au cours des recherches, les sceaux apposés sur l’acte de la confédération ne sont eux non plus, pour la plupart, pas identifiés. Dans ces conditions, on s’est attelé à la tâche fastidieuse de déchiffrer les informations contenues sur les sceaux, en particulier les blasons, les légendes et les initiales figurant sur les empreintes.
Enfin, nous avons réussi à identifier tous les 11 sigillants de l’acte de déclaration, les sigillants des 15 sceaux lisibles figurant sur l’acte d’élection, ainsi que 53 sceaux figurant sur l’acte de la Confédération de Varsovie. Il vaut la peine de les présenter brièvement.
Le premier de ces actes, dans l’ordre chronologique, est celui de la Confédération de Varsovie, adopté le 28 janvier 1573. Puisque c’était un accord de la noblesse concernant la tolérance religieuse et l’égalité des droits des différents confessions (la crainte qu’un événement similaire au massacre de la Saint-Barthélemy ne se reproduise était une des raisons), le document était assez rarement signé par la noblesse catholique. Parmi les sigillants, on retrouve toute la noblesse, allant des princes lituaniens, aux sénateurs, jusqu’aux simples nobles, pour qui l’apposition d’un sceau est la seule trace de leur existence conservée dans les sources historiques, et dont le dénominateur commun était soit de ne pas être catholiques, soit d’adopter une attitude très tolérante envers les autres confessions.
Poursuivons en nous penchant sur les sigillants de l’acte d’élection, établi le 16 mai 1573. Même si toute la noblesse présente sur le lieu d’élection a participé dans le choix de nouveau roi (selon la règle de « electio viritim », fondé dans les années 1530 par Sigismund Ier et confirmé en 1573) elle était trop nombreuse pour être indiquée dans l’acte. Seuls y figuraient les noms des plus hauts fonctionnaires, des membres du clergé et des représentants des villes. Tous nos 15 signataires étaient d’éminents fonctionnaires (notamment Jakub Uchański, primat de Pologne et interrex) issus de puissantes familles (notamment Mikołaj Radziwiłł Rudy – dit « le Rouge » — qui était prince de la famille la plus influente de Lituanie et occupait les plus hautes fonctions en Lituanie) et étaient des membres actuels ou futurs du Sénat. Le texte de l’acte d’élection indique clairement qui a apposé ses sceaux sur le document ; toutefois, étant donné que seules 15 des 121 empreintes sont lisibles, nous ne sommes actuellement pas en mesure de vérifier si toutes les personnes mentionnées ont bel et bien apposé leurs sceaux. Il faut attendre les travaux de leur conservation et rénovation.
Enfin, en ce qui concerne les sigillants de l’acte de déclaration, ils ont été les députés de la République des Deux-Nations dans une délégation chargée de communiquer officiellement la nouvelle de l’élection tant à l’élu lui-même qu’au monarque français. C’est pour cette raison qu’on y a sélectionné des politiciens et des diplomates chevronnés, issus de familles puissantes et influentes, parmi lesquels s’est trouvé Jan Zamoyski, qui deviendrait plus tard le bras droit du roi Étienne Báthory et la figure politique la plus importante de Pologne entre 1576 et 1605.
Certains parmi ces sigillants figurent dans deux des documents mentionnés ci-dessus. Pour nommer quelques-uns : Hieronim Bużeński, qui s’occupait des matières financières de la Pologne, a signé les actes de la Confédération de Varsovie (il était calviniste) et d’élection ; l’autre exemple, Adam Konarski, l’évêque de Poznań, a signé l’acte d’élection et puis il était un des députés polonais à Paris, grâce à quoi il a apposé son sceau également à l’acte de déclaration. Il est fort probable que bon nombre des signataires de l’acte de confédération de Varsovie figurent également parmi les signataires de l’acte d’élection ; malheureusement, comme nous l’avons déjà mentionné, il est aujourd’hui impossible de le vérifier.
Bien sûr, cela ne signifie pas la fin des études possibles sur ces documents. Il reste quelques hypothèses à vérifier, par exemple pourquoi la chancellerie polonaise a décidé d’utiliser la cordelette blanche, rouge et verte comme couleurs des attaches – peut-être était-elle consciente que ce fussent les couleurs utilisées par la famille royale de France à l’époque. Ces questions, ainsi que d’autres, font toujours l’objet de nos recherches.
[1] Archives du Ministere des Affaires Etrangères (désormais AMAE), site de Paris – La Courneuve, TRA15730001/001, 121 sceaux.
[2] AMAE, site de Paris – La Courneuve, TRA15730001/003, 11 sceaux.
[3] Archiwum Główne Akt Dawnych (désormais AGAD), Varsovie, Zbiór dokumentów pergaminowych, 4467, 209 sceaux.