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Une empreinte exceptionnelle : Le sceau équestre de René II, duc de Lorraine (1473-1508)

  • Jean-Christophe Blanchard, Université de Lorraine, CRULH, F-54
(c) Jean-Christophe Blanchard

L’empreinte du sceau équestre de René II ici présentée est, à notre connaissance, actuellement, la plus complète qui nous soit parvenue (René II de Lorraine – Ad 54 – 1 J 376 | SIGILLA). L’acte auquel elle est appendue est conservé à Nancy aux Archives départementales de Meurthe-et-Moselle sous la cote 1 J 376. Il fut donné à Pont-à-Mousson le 13 juillet 1494. René II, roi de Jérusalem et de Sicile, duc de Lorraine et de Bar, marquis, comte de Provence, de Vaudémont et de Harcourt, y cède à son oncle Jean, bâtard de Vaudémont (†1509), les seigneuries de Florennes et de Pesche [1] en compensation de dix mille écus d’or qu’il lui avait donnés « … pour les bons, grans, louables, notables et agreables services [qu’il], en l’an mil quatre cens soixante et saize (…), nous fit a l’encontre de feu nostre tres chier seigneur et cousin le duc Charles de Bourgongne que Dieu absoille qui lors tenoit assigee nostre ville de Nancey et meismement a la tres victorieuse journee que eusmes a l’encontre de luy a laquelle nostredit oncle se pourta vertueusement sans habandonner nostre personne et aussi en recompence d’aucuns prisonniers qu’il y print et delivra par nostre ordonnance… ». Le duc prie Jean de Hornes, évêque de Liège (1484-1505) et seigneur de ces terres, de recevoir le serment de son oncle. Le scellement est annoncé par la formule suivante : « Et affin que ce soit ferme chose et estable a tousjours mais, nous avons fait mectre notre seel a ces presentes signees de notre main. »

L’utilisation de la matrice de ce sceau équestre est attestée de 1473 à 1505 [2]. En conséquence, sa légende : S(igillum) RENATI LOTHORINGIE DVCIS MARCHIONIS VAVDEMONTIS ET DE HARICVRIA COMITIS n’est plus en accord avec la titulature du souverain telle qu’elle est donnée dans l’acte de 1494. En effet, duc de Lorraine à la mort de son cousin Nicolas d’Anjou en 1473, René II ne fut officiellement reconnu duc de Bar qu’après le décès de sa mère Yolande d’Anjou survenu le 23 février 1484 [3]. René II fut donc bien d’abord duc de Lorraine, comte de Vaudémont et d’Harcourt, avant de devenir également duc de Bar mais aussi de s’intituler roi de Jérusalem et de Sicile, comme son grand-père avant lui. Ces prétentions, contestées et interdites par le roi de France dès 1491, étaient encore pourtant affirmées dans la légende d’un autre sceau qu’il utilisa de 1504 à 1506 : RENATUS II DEI GR(ati)A H(ie)R(usa)L(e)M ET SICILIE REX LOTHOR(ingie) ET BAR(ri) DUC(is)[4].

(c) Jean-Christophe Blanchard

 Mesurant environ 110 mm de diamètre, l’empreinte appendue à l’acte de 1494, comporte, outre sa légende, une représentation du prince à cheval. La monture galope vers la droite sur une terrasse herbue. Le duc est revêtu d’une cotte aux armes écartelées, aux 1 et 4 : Lorraine (d’or à la bande de gueules chargée de trois alérions d’argent) ; aux 2 et 3 : en chef, tiercé de Hongrie (fascé d’argent et de gueules), d’Anjou ancien (d’azur semé de fleurs de lis d’or au lambel de gueules) et de Jérusalem (d’argent à la croix de Jérusalem d’or accompagnée de quatre croisettes du même), en pointe, parti d’Anjou moderne (d’azur semé de fleurs de lis d’or à la bordure de gueules) et de Bar (d’azur semé de croisettes recroisetées au pied fiché d’or, à deux bars adossés du même) ; sur le tout Aragon (d’or à quatre pals de gueules) ; il est armé d’une épée qu’il tient de sa main droite et porte, de l’autre, un bouclier sur lequel sont répétées les armoiries de la cotte, également reprises sur la housse du cheval. La tête de l’animal est ornée d’un plumail d’autruche. Le heaume du duc est quant à lui cimé d’une aigle essorante issant d’une couronne. Enfin, le champ est semé de fleurs de lis.

Ce sceau est très nettement calqué sur celui de son prédécesseur et cousin, Nicolas d’Anjou (Nicolas Ier de Lorraine-Anjou – grand sceau | SIGILLA). Il s’agissait, pour René II, de marquer la parenté qui les unissait et d’affirmer la continuité dynastique qui en découlait. L’allure générale des deux sceaux, d’un diamètre quasi équivalent (celui de Nicolas mesure 100 mm), est globalement très proche, mais l’analyse fine de l’un et de l’autre permet logiquement de les distinguer.

En premier lieu, la légende ne laisse aucun doute sur l’identité des possesseurs : S(igillum) RENATI…, d’un côté, S(igillum) NICOLAI PRIMOGENITI ARAGONVM DVCIS CALABRIE ET LOTHORINGIE AC PRINCIPIS GERVN(de), de l’autre. Les armoiries aussi les distinguent clairement. Nicolas porte un écu à six quartiers (Hongrie, Anjou ancien, Jérusalem, Anjou moderne, Bar et Lorraine) sur lequel broche en cœur un écu aux armes d’Aragon et René II, les armoiries de son père Ferri II de Lorraine écartelées de celles de sa mère Yolande d’Anjou qui sont en fait les mêmes que celles utilisées par René Ier de 1466 à 1480 [5]. Les cimiers sont également fort différents. Ayant opté pour le cimier traditionnel de la maison de Lorraine à l’aigle, René II souhaite montrer qu’il descendait des ducs de Lorraine. Apparue sur le sceau équestre de Raoul, l’aigle est aussi visible sur les sceaux des petits-fils de ce dernier, Charles II, duc de Lorraine, et Ferri, comte de Vaudémont, tige des ducs de Lorraine issus de la seconde maison de Vaudémont [6]. Son fils Antoine et son petit-fils Ferri II, le père de René II, portaient également ce cimier à l’aigle [7]. En revanche, Nicolas usait en guise de cimier de la double fleur de lis de la maison de France. Comme son père Jean d’Anjou et son grand-père René Ier, dont les sceaux sont par ailleurs des imitations des sceaux ante susceptum des rois de France Charles VII et Louis XI [8]. Nicolas souhaitait, par une certaine proximité sigillaire, marquer la filiation de la seconde maison d’Anjou avec les princes des lis. Notons que René II n’oubliait pas non plus l’héritage angevin et sa proximité avec le royaume, prince des lis par sa mère, il semait le champ de son sceau de l’emblème de la monarchie française.

(c) Jean-Christophe Blanchard

Le revers de ce sceau était généralement contre-scellé par un sceau armorial anépigraphe de 40 mm portant les armes écartelées de l’avers tenues par un ange. Ce contre-sceau est également très proche de celui de Nicolas qui mesure 40 mm de diamètre, qui est lui aussi anépigraphe et armorial et dont le tenant est un ange, une autre référence à l’emblématique des rois de France[9].

Ce beau sceau équestre affichait la double ascendance de René II et légitimait pleinement son accession inattendue au trône ducale de Lorraine après la mort brutale de son cousin.


[1] Belgique, province de Namur, arrondissement de Philippeville. Ces terres étaient en possession de la maison de Lorraine depuis le mariage d’Isabeau de Rumigny avec Thiébaut II en 1278.

[2] H. Collin, Sceaux de l’histoire de Lorraine, Lotharingia I, 1988, p. 102-103 ; C. de Mérindol, « La politique du duc de Lorraine René II (1473-1508) à l’égard de la seconde maison d’Anjou, de la France et de la Bourgogne, d’après le témoignage de l’emblématique et de la thématique », dans Les pays de l’entre-deux au Moyen Age : questions d’histoire des territoires d’Empire entre Meuse, Rhône et Rhin, Actes du 113e congrès national des sociétés savantes (Strasbourg, 1988), Paris, 1990, p. 61-114, ici p. 112. Une empreinte de la même matrice semble encore avoir été appendue à un acte de 1505 conservé dans les fonds de l’abbaye de Saint-Hubert : https://search.arch.be/fr/rechercher-des-archives/resultats/inventaris/inleiding/zoekterm/lorraine/eadid/BE-A0510_005990_005868_FRE/inventarisnr/I599058683900329/level/file (consulté le 21 septembre 2022). On me permettra également de renvoyer à mon article : « Innover dans le respect de la tradition : les sceaux équestres des ducs de Lorraine de René II à Charles III (1473-1608) », dans M. Libert et J.-F. Nieus (éd.), Le sceau dans les Pays-Bas méridionaux, Xe-XVIe siècles. Entre contrainte sociale et affirmation de soi. Actes du colloque de Bruxelles et Namur, 27-28 novembre 2014, Archives et bibliothèques de Belgique, numéro spécial 103, Bruxelles, 2017, p. 313-328.

[3] G. Poull, La maison ducale de Lorraine, p. 172-175, 186-187 et 190-199 ; H. Say et H. Schneider (dir.), Le duc de Lorraine René II et la construction d’un état princier, Lotharingia XVI, 2011 ; J.-C. Blanchard et H. Schneider (dir.), René II, lieutenant et duc de Bar (1473-1508), Annales de l’Est, n° spécial, 2014.

[4] C. de Mérindol, « La politique du duc de Lorraine René II (1473-1508) », p. 113, sceau n° 3.

[5] En chef : Hongrie, Anjou ancien et Jérusalem, en pointe : Anjou moderne et Lorraine, sur le tout : Aragon.

[6] H. Collin, Sceaux de l’histoire de Lorraine, p. 93, n° 56, p. 96-97, n° 60, 61 et 62 ; DR n° 206 et 207.

[7] H. Collin, Sceaux de l’histoire de Lorraine, p. 98, n° 63 et p. 100-101, n° 67.

[8] Id., p. 240 et 250-251 ; M. Dalas, Corpus des sceaux français du Moyen Age, t. II : Les sceaux des rois et de régence, Paris, 1991, p. 240, n° 59 et p. 267, n° 186.

[9] C. de Mérindol, Le roi René et la seconde maison d’Anjou. Emblématique Art Histoire, Paris, 1987, p. 86-88 et 252.

Une bulle papale ordinaire ?

  • Pauline Gutzwiller
(c) Pauline Gutzwiller

À première vue, voici une bulle papale ordinaire, cotée 12 J 73 aux Archives d’Alsace, site de Strasbourg. Rédigé en latin, l’acte est appendu du sceau d’un pape. D’après l’inventaire, il s’agirait d’« Indulgences accordées à l’abbaye de Koenigsbruck par le pape Sixte IV[1] ». Lorsque l’on se penche plus près de la bulle, on note cependant un fait surprenant : sur l’avers, la légende ne présente non pas « SIXTUS . PAPA . IIII », mais « NICOLAUS . PP. IIII ». Il s’agit en réalité d’une bulle de Nicolas IV, pape de 1288 à 1292, et non de Sixte IV, pape de 1471 à 1484, soit deux siècles plus tard. L’acte, pour sa part, est daté du 29 août 1484, plus précisément 17 jours après la mort de Sixte IV[2]…

(c) Pauline Gutzwiller

Il ne s’agit pas là de la seule curiosité de cette bulle. Selon Benoît Tock, professeur d’Histoire du Moyen Âge à l’Université de Strasbourg qui a été amené à analyser ce document pour tenter d’en comprendre les mystères, cet acte n’a même pas de raison d’être scellé par le pape, comme le sous-entend l’inventaire de la série, bien qu’il se dise reproduire une décision verbale du pape. Le document ne présente même pas d’auteur, si ce n’est un Johann Alphart à la sixième ligne : michi fratri Johanni Alphart. Il s’agit du vicaire provincial de la province de Strasbourg de l’ordre des frères mineurs. Nous sommes donc bien loin du pape !

Un document, donc, qui n’a pas de lien direct avec le pontife, et encore moins Nicolas IV, antérieur à deux siècles. La manière dont est attachée la bulle – à l’envers, et ne passant que par un des trois poinçons dans l’acte – laisse d’autant plus supposer qu’il ne s’agit pas du sceau d’origine. Toujours est-il que cette bulle de Nicolas IV est en tout point similaire aux autres présentes sur la base de données[3] ; il s’agit donc bien d’une bulle authentique. Probablement séparée de son acte originel, cette bulle a peut-être été ici rattachée au document des suites d’une erreur de lecture. Il est cependant impossible de déterminer depuis quand cette erreur subsiste.

Cela laisse donc d’autres interrogations : pourquoi les poinçons présents dans l’acte pour faire passer l’attache sont-ils similaires à ceux d’une bulle, alors que l’acte n’a pas de raison d’être scellé par le pape ? Mais surtout, qui était le sigillant originel de cette charte qui apparaît dans la formule de corroboration comme s’ensuit : In huiusce concessionis fidem ac robur sigillum officii mei vicariarus presentibus duxi appendendum[4] ?


[1] Leblay Anne, Verdier Pascale (dir.), Echange Bade I, 936 – 1795, série 12 J. Répertoire numérique détaillé, Strasbourg, 2005, p.6.

[2] Datum in conventu nostro Leonbergensis, tempore nostre procvinci[alis?] congregationis super dominica post Bartholomei celebrate […] (transcription réalisée par Thomas Brunner, maître de conférences en histoire du Moyen Âge à l’Université de Strasbourg, et co-dirigeant du projet SigiAl – Sigilla en Alsace).

[3] Une comparaison a été effectuée avec celle de l’acte côté CH 14 / 286 aux Archives de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg : http://www.sigilla.org/empreinte/nicolas-iv-am-strasbourg-aves-ch-14/286-92323.

[4] Transcription réalisée par Thomas Brunner.

L’inventaire de Cahen aux archives départementales de la Moselle

-Jean-Eric Iung

Henri II de Salm, Ad 57 – G 1250/3b, (c) Ad 57

Le département de la Moselle a bénéficié du travail d’un archiviste versé dans la discipline de sigillographie autant que dans celle de l’héraldique, un grand érudit familier du déchiffrement des textes médiévaux en latin, en français et en allemand. Gilbert Cahen (1928-2021), archiviste-paléographe, conservateur aux archives départementales de 1953 à 1993, a travaillé, après 7 ans de description intense, pendant près de 30 ans à la conception et à la rédaction du Catalogue des sceaux (sceaux pendants et sceaux plaqués du haut moyen âge) des archives départementales de la Moselle qui, sans être unique, fait partie des rares instruments de travail de cette catégorie en France. Une saine émulation avec la Meurthe-et-Moselle, suggérée par G. Cahen lors de la publication du 3e volume en 1992, peut cependant être signalée car des travaux de même ampleur y avaient lieu.

Publié de 1981 à 1993 en quatre volumes, reproduction offset du dactylogramme réalisé avec les seuls moyens du service des archives, ce catalogue est divisé en sections thématiques (souverains, grands feudataires, dignitaires, seigneurs laïques, juridictions, municipalités, officiers et bourgeois dans les vol. 1 et 2, ecclésiastiques dans le vol. 3) et l’auteur y a joint des tables et index composant, avec un petit supplément, le 4e et dernier volume. En tout près de 1600 pages décrivent 2604 sceaux différents numérotés, plus les nombreux bis, ter et suivants affectés aux contre-sceaux et variantes d’empreintes. Le nombre total d’empreintes conservées devrait être le triple de celui des empreintes différentes lorsque le décompte final aura eu lieu, décompte que les fiches de G. Cahen ne permettaient pas de réaliser alors que ses signalements à la fin des notices imprimées ne sont pas exhaustifs. G. Cahen n’a pas eu pour mission d’écrire un traité de sigillographie mosellane : il s’est donc limité à introduire son œuvre par 12 pages d’introduction synthétique. Peut-on avancer que la méthode de travail et son rendu n’ont pas changé entre le 1er et le 4e volume, mais que les descriptions semblent plus précises à mesure que le travail avance ?

Arnould de Vry, Ad 57 – H 1734, (c) Ad 57

Si les séries anciennes de provenance publique (les séries B, E, mais surtout G et H des archives départementales, ainsi que leurs appendices transférés d’Allemagne en Lorraine à la fin du XIXe siècle) et privée (principalement les grands chartriers de Clervaux et de Créhange) ont été dépouillées systématiquement, les sceaux plaqués de l’époque moderne n’ont pas été pris en compte. Il fallait être raisonnable, et la moisson de sceaux lorrains, luxembourgeois, français et allemands que les collections mosellanes ont offerte est considérable, mais c’est assurément dommage pour les héraldistes (car il s’agit bien souvent des sceaux armoriés) et pour la conservation de ces empreintes très fragiles de cire d’Espagne, alors même que l’on déplore, au moment d’écrire ces lignes en 2022, de nombreuses dégradations irrémédiables sur les sceaux de cire naturelle que G. Cahen a vues il y a plus d’un demi-siècle. Les moyens conservatoires de sauvegarde dont il disposait, la photographie argentique en l’occurrence, ont permis de préserver, en noir et blanc, le souvenir des sceaux dont nous regrettons la mauvaise conservation aujourd’hui, malgré les efforts des restaurateurs, que la Moselle s’enorgueillit de compter dans ses effectifs depuis l’installation du service dans ses nouveaux locaux en 1992. On ajoutera à ces clichés de sécurité la collection de moulages réalisées par les archivistes allemands de Lorraine avant 1918, dont la qualité est inégale il est vrai.

La saisie dans Sigilla de l’ensemble des intitulés de notices, avec création de notices de sigillants et de sceaux-types, œuvre ce Philippe Jacquet (2021), est un bel hommage à G. Cahen, qui n’a pas connu l’informatique documentaire, ni même les tableurs. Il reste – le verbe est employé avec beaucoup d’ironie eu égard au temps de travail qu’il exigera – à saisir le corps des notices mais aussi à créer des notices pour les doubles, triples etc. des empreintes retenues par G. Cahen, travail qui sort peut-être du cadre déjà ambitieux de Sigilla, mais qui selon toute vraisemblance rendra de grands services aux chercheurs – plus pour les actes nouveaux qui seront analysés (ces analyses sont une grande force du catalogue de G. Cahen, qui contextualise l’emploi des sceaux) que pour les dates d’existence des sigillants qu’il signalera, car G. Cahen les prend en compte tacitement – et aux chercheurs sigillographes – en leur indiquant des empreintes d’autres couleurs (ce détail ne semblait pas intéresser G. Cahen au premier chef), avec des détails sauvés par rapport à l’empreinte retenue dans le catalogue. En appui de Sigilla, une numérisation du catalogue et le recours à la reconnaissance de caractères permettront assurément de gagner du temps pour retrouver des empreintes associées alternativement et de fait rattachées à des actes aux cotes différentes. Mais cette observation de pratiquant récent de Sigilla, réalisée à partir d’un test en grandeur nature sur un gisement remarquable de sceaux, le petit fonds de l’ordre teutonique en Lorraine, transféré d’Allemagne en Lorraine peu avant 1900, devra être confirmée…

Sceaux de Savoie

  • Archives départementales de la Savoie / SIGILLA

A la différence d’autres services, les Archives départementales de la Savoie ne disposent pas d’un catalogue de leurs sceaux ni même d’un simple repérage dans les fonds et collections qu’elles conservent.

La sigillographie n’est cependant pas absente des préoccupations des historiens et des archivistes savoyards au sens large du terme. En 1834, Domenico-Casimiro PROMIS et Luigi CIBRARIO publiaient Sigilli de principidi Savoia (Sigilli de principi di Savoia | SIGILLA). En 1998, c’est le travail de Gérard Détraz sur les sceaux de la Haute-Savoie qui fait l’objet d’une publication avec le Catalogue des sceaux médiévaux des Archives de la Haute-Savoie (Catalogue des sceaux médiévaux des Archives de la Haute-Savoie | SIGILLA). Ces données ont d’ailleurs été intégrées dans la base Sigilla.

C’est dans la perspective d’une meilleure connaissance de ces documents et d’une intégration dans Sigilla qu’un travail sur les sceaux savoyards a été lancé durant l’été 2022. Le choix s’est porté sur la série SA. Cette série, spécifique aux archives de Savoie et de Haute-Savoie, contient les archives transférées depuis Turin suivant les termes du traité de paix avec l’Italie après la Seconde Guerre Mondiale. Les pièces et dossiers du chartrier des ducs de Savoie et de la chambre des Comptes intéressants les deux départements français ont rejoint les deux services d’archives et y ont fait l’objet de nouveaux inventaires. Grâce à une stagiaire enthousiaste, Margaux Supper, titulaire d’un master 1 en histoire, un premier recensement a été initié dans les premières cotes de la série SA.

Les résultats ne se sont pas faits attendre, et en temps très court, une vingtaine d’empreintes ont rejoint le corpus Sigilla avec en sus, le bonheur de découvrir de très belles empreintes dont certaines sont méconnues voire inédites. Nous souhaitons vivement que ce partenariat puisse se poursuivre et nous remercions Madame Claus, cheffe du service, de ce travail d’ouverture sur la sigillographie savoyarde.

Pour conclure, nous illustrons cette chronique par une empreinte du comte Amédée VII de Savoie dit le comte rouge Amédée VII de Savoie – grand sceau | SIGILLA, empreinte dont l’esthétique et la finesse de gravure attestent de la maitrise technique des orfèvres et du raffinement iconographique de la fin du quatorzième siècle. Connu par le dessin (Cibrario et Promis planche 81), aucune empreinte n’est jusqu’à maintenant référencée dans les inventaires ou les collections de moulages nationales.

Votre lecture de la rentrée : nouvelle parution!

Vice-président de la Société Mabillon et membre de la New York Academy of Sciences, Lucien-Jean Bord vient de publier son nouveau livre : Histoire généalogique et héraldique de la maison de Lusignan. Seigneurs de Lusignan, comtes de La Marche, rois de Jérusalem, de Chypre et d’Arménie.

Cette ouvrage se concentre sur la généalogie et l’héraldique de la Maison de Lusignan.

Cliquez ici pour plus d’informations.

SIGILLA souhaite de bonnes vacances !

C’est l’été et le temps de grandes vacances. Toute l’équipe SIGILLA vous remercie pour votre engagement et votre intérêt lors des derniers mois. Nous avons beaucoup accompli ensemble, et c’est l’heure pour prendre une pause estivale.

Nous vous souhaitons tous un très bel été et reposez-vous bien. On se reverra à la rentrée en pleine forme ! Nous serons à nouveau à votre disposition à partir du 5 septembre.

Bonnes vacances !

Un sceau à signet

La collecte des sceaux en Alsace se poursuit et grâce à la mobilisation des volontaires du projet SigiAl, on commence à bien voir quelques pratiques sigillaires de la région. Prenons l’exemple de Frédéric V de Habsbourg.

Plus connu sous le nom Frédéric III du Saint-Empire, ce sigillant utilise plusieurs matrices tout au long de sa vie. Grâce à SIGILLA, nous pouvons le suivre, de l’usage de son premier sceau comme duc d’Autriche jusqu’à ce qu’il soit nommé empereur du Saint-Empire romain germanique. Sur son grand sceau en tant que Roi des Romains, notre équipe a remarqué quelque chose tout à fait exceptionnel !

Nos volontaires Edith et Hugues Ruhlmann ont découvert aux archives municipales de Mulhouse quelques empreintes du sceau de majesté de Frédéric V, Roi des Romains.  Ces empreintes ont la particularité d’avoir la marque d’un petit signet d’une tête de Janus en cire rouge aux pieds du souverain.

En regardant de plus près, l’équipe a découvert sur des empreintes du même type un autre signet en cire rouge dont le motif est cette fois, un motif de trois écus couronnés.

Il existe également un grand sceau sans signet trouvé par Yann Franchet et Edith Ruhlmann à Kaysersberg.

Est-ce qu’il s’agit de la même matrice ? Comment produire un signet rouge sur une empreinte ?

Nous avons posé la question à Philippe Jacquet, conseiller scientifique et technique de SIGILLA. Il a, par le passé, constaté cet usage très particulier du signet par les empereurs du Saint-Empire.  Après l’application du grand sceau qui restait la même, l’empereur venait apposer son signet sur la face du sceau, en ajoutant parfois une pastille de couleur pour mettre en évidence cette apposition. En fait, la matrice du grand sceau en tant que Roi des Romains était toujours la même. Seul le signet changeait : parfois la tête de Janus, parfois les trois écus, parfois rien. Cette méthode permettait d’attester de la volonté impériale en prouvant la présence de l’empereur à la réalisation de l’acte. Le choix du signet est aussi une forme supplémentaire de validation/datation de l’empreinte On pense que le signet est mis sur l’empreinte dans un deuxième temps, mais il serait intéressant de documenter la technique par les moyens modernes tels que la radiographie ou la tomographie. Dans l’immédiat, nous avons modifié la mise en page de ses empreintes dans la base pour bien montrer cette particularité.

Lors de notre journée de collecte aux archives municipales de Kaysersberg, nous avons remarqué ensemble que ce même cas de figure était présent sur le grand sceau d’empereur : signet rouge en tête de Janus.  Trouverons-nous d’autres exemples de signet avec le sceau de l’empereur ? Ces relevés permettront de préciser les dates d’usage et de changement du signet. A suivre !

Félicitations à toute l’équipe pour cette découverte passionnante !

Exposition : Pierres gravées. Camées, intailles et bagues de la collection Guy Ladrière

C’est les vacances, et vous cherchez de quoi faire pour passer le temps ? Depuis le 12 mai, l’École des Arts Joailliers à Paris présente une exposition racontant l’histoire de l’art des pierres gravées de l’Antiquité au XIXe siècle. Venez admirer de nombreuses objets dont quelques bagues signets mérovingiennes ou des anneaux épiscopaux.

L’exposition est gratuite mais sur réservation. Elle dure jusqu’au 1er octobre. Pour plus d’informations, cliquez ici.

Lauréat d’un financement !

La Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) du Bourgogne-Franche-Comté a reconnu l’importance de notre travail de valorisation du patrimoine sigillographique, et nous a accordé une subvention de 20 000 € !

Ensemble avec nos partenaires – les archives départementales de la Côte d’Or, du Doubs, du Jura, de la Haute-Saône et de la Saône-et-Loire – nous visons à mettre en œuvre un projet régional de collecte des sceaux.

Nous remercions vivement la commission pour sa confiance et son soutien !

Suivez notre progrès en Bourgogne-Franche-Comté ici sur le carnet hypothèses et en ligne sur la base SIGILLA !