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Les documents autour de l’élection d’Henri de Valois en tant que Roi de Pologne

  • Mateusz ZIOLKOWSKI

Suite au 450e anniversaire de l’accession d’Henri de Valois au trône polonais, l’École Pratique des Hautes Études et le projet SIGILLA, avec le soutien de la Fondation Zaleski, ont mené une étude sur des documents fondamentaux pour les relations franco-polonaises au XVIe siècle, c’est-à-dire l’acte d’élection d’Henri de Valois, duc d’Anjou (futur Henri III de France) en tant que roi de Pologne[1], l’acte de déclaration de l’élection d’Henri de Valois, duc d’Anjou au trône de Pologne[2], ainsi que des recherches supplémentaires sur l’acte de la Confédération générale de Varsovie[3] en 1573 (introduisant la tolérance religieuse dans la République des Deux-Nations), dans le but de valoriser les deux premiers actes eux-mêmes et d’approfondir notre connaissance de la sigillographie polonaise de l’époque moderne.

Cette tâche a été confié à moi, l’auteur de ce petit article, un jeune historien et doctorant polonais, Mateusz Ziółkowski. Après avoir reçu une formation historique en Pologne et en France, je me spécialise dans l’histoire de France du XVIe siècle, ses relations internationales (notamment franco-polonaises) et le milieu dynastique dans le même période.

Les documents de l’élection d’Henri de Valois au trône polonais n’ont pas fait l’objet de recherches exhaustives dans le passé. Nous ne disposons ni des transcriptions, ni des éditions de source ; le nombre de sceaux apposés sur l’acte d’élection était indiqué de manière erronée. En ce qui concerne les sceaux eux-mêmes, leur état de conservation – la majorité est visiblement protégée par des sachets de soie rouge et une petite feuille de papier au-dessus de la cire ; certains de ces sachets ont aujourd’hui disparu et rendent les sceaux lisibles, d’autres sont hélas agglomérés par la cire – rendent difficile leur étude.

Néanmoins, avec le soutien du personnel des Archives diplomatiques, nous avons mené la première phase du projet. Nous avons compté les sceaux : au total, 121 sont apposés à l’acte d’élection, dont 15 sont lisibles ; 11 sceaux sont apposés à l’acte de déclaration et tous sont lisibles. Nous avons pris des photos de tous les sceaux lisibles et l’identification des sigillants a commencé.

(c) Archiwum Główne Akt Dawnych, Zbiór dokumentów pergaminowych, 4467

Si, dans le cas de l’acte de déclaration, l’identification des sceaux n’a posé aucun problème, dans le cas de l’acte d’élection, la transcription du texte du document en cours de préparation, ainsi que le document de la Confédération de Varsovie déjà mentionné, avec ses sceaux, devaient jouer un rôle important dans ce processus. Malheureusement, comme cela n’est apparu qu’au cours des recherches, les sceaux apposés sur l’acte de la confédération ne sont eux non plus, pour la plupart, pas identifiés. Dans ces conditions, on s’est attelé à la tâche fastidieuse de déchiffrer les informations contenues sur les sceaux, en particulier les blasons, les légendes et les initiales figurant sur les empreintes.

Enfin, nous avons réussi à identifier tous les 11 sigillants de l’acte de déclaration, les sigillants des 15 sceaux lisibles figurant sur l’acte d’élection, ainsi que 53 sceaux figurant sur l’acte de la Confédération de Varsovie. Il vaut la peine de les présenter brièvement.

Le premier de ces actes, dans l’ordre chronologique, est celui de la Confédération de Varsovie, adopté le 28 janvier 1573. Puisque c’était un accord de la noblesse concernant la tolérance religieuse et l’égalité des droits des différents confessions (la crainte qu’un événement similaire au massacre de la Saint-Barthélemy ne se reproduise était une des raisons), le document était assez rarement signé par la noblesse catholique. Parmi les sigillants, on retrouve toute la noblesse, allant des princes lituaniens, aux sénateurs, jusqu’aux simples nobles, pour qui l’apposition d’un sceau est la seule trace de leur existence conservée dans les sources historiques, et dont le dénominateur commun était soit de ne pas être catholiques, soit d’adopter une attitude très tolérante envers les autres confessions.

Poursuivons en nous penchant sur les sigillants de l’acte d’élection, établi le 16 mai 1573. Même si toute la noblesse présente sur le lieu d’élection a participé dans le choix de nouveau roi (selon la règle de « electio viritim », fondé dans les années 1530 par Sigismund Ier et confirmé en 1573) elle était trop nombreuse pour être indiquée dans l’acte. Seuls y figuraient les noms des plus hauts fonctionnaires, des membres du clergé et des représentants des villes. Tous nos 15 signataires étaient d’éminents fonctionnaires (notamment Jakub Uchański, primat de Pologne et interrex) issus de puissantes familles (notamment Mikołaj Radziwiłł Rudy – dit « le Rouge » — qui était prince de la famille la plus influente de Lituanie et occupait les plus hautes fonctions en Lituanie) et étaient des membres actuels ou futurs du Sénat. Le texte de l’acte d’élection indique clairement qui a apposé ses sceaux sur le document ; toutefois, étant donné que seules 15 des 121 empreintes sont lisibles, nous ne sommes actuellement pas en mesure de vérifier si toutes les personnes mentionnées ont bel et bien apposé leurs sceaux. Il faut attendre les travaux de leur conservation et rénovation.

Enfin, en ce qui concerne les sigillants de l’acte de déclaration, ils ont été les députés de la République des Deux-Nations dans une délégation chargée de communiquer officiellement la nouvelle de l’élection tant à l’élu lui-même qu’au monarque français. C’est pour cette raison qu’on y a sélectionné des politiciens et des diplomates chevronnés, issus de familles puissantes et influentes, parmi lesquels s’est trouvé Jan Zamoyski, qui deviendrait plus tard le bras droit du roi Étienne Báthory et la figure politique la plus importante de Pologne entre 1576 et 1605.

Certains parmi ces sigillants figurent dans deux des documents mentionnés ci-dessus. Pour nommer quelques-uns : Hieronim Bużeński, qui s’occupait des matières financières de la Pologne, a signé les actes de la Confédération de Varsovie (il était calviniste) et d’élection ; l’autre exemple, Adam Konarski, l’évêque de Poznań, a signé l’acte d’élection et puis il était un des députés polonais à Paris, grâce à quoi il a apposé son sceau également à l’acte de déclaration. Il est fort probable que bon nombre des signataires de l’acte de confédération de Varsovie figurent également parmi les signataires de l’acte d’élection ; malheureusement, comme nous l’avons déjà mentionné, il est aujourd’hui impossible de le vérifier.

Bien sûr, cela ne signifie pas la fin des études possibles sur ces documents. Il reste quelques hypothèses à vérifier, par exemple pourquoi la chancellerie polonaise a décidé d’utiliser la cordelette blanche, rouge et verte comme couleurs des attaches – peut-être était-elle consciente que ce fussent les couleurs utilisées par la famille royale de France à l’époque. Ces questions, ainsi que d’autres, font toujours l’objet de nos recherches.


[1] Archives du Ministere des Affaires Etrangères (désormais AMAE), site de Paris – La Courneuve, TRA15730001/001, 121 sceaux.

[2] AMAE, site de Paris – La Courneuve, TRA15730001/003, 11 sceaux.

[3] Archiwum Główne Akt Dawnych (désormais AGAD), Varsovie, Zbiór dokumentów pergaminowych, 4467, 209 sceaux. 

Lost and Found: the Saint-Denis Seal Impression of Edward the Confessor and the Development of the Early English Writ-Charter

Empreinte Saint-Denis d’Edouard le Confesseur (1053 × 1057). © Paris, Archives nationales, Sc/x/832.

Dans les années 1980 aux Archives nationales de Paris, une tragédie a eu lieu. Une de seulement trois empreintes connues du sceau d’Edouard le Confesseur se perd. Détachée de son document, il était impossible de savoir ce qu’elle est devenue : cassée ? tombée ? volée ?

Projetons-nous 40 ans dans l’avenir, en 2021, Guilhem Dorandeu, est un doctorant à l’époque qui menait de recherches aux Archives nationales. Il est en train de regarder la collection des sceaux détachés : ces sceaux détachés de leurs documents soit par hasard soit par une volonté quelconque. Et ensuite, le miracle des miracles : il tombe sur le sceau d’Edouard le Confesseur !

Ce qui suit est toute une série d’identifications et d’analyses pour être sûr qu’il s’agit bien du sceau présumé perdu dans les années 1980. Cette empreinte, qui est paradoxalement la mieux conservée de toutes les empreintes connues, permet une étude sur l’iconographie. Une hypothèse est lancée qu’Edouard s’est inspiré par le monde byzantin et par l’Europe continentale pour l’image sur son sceau.

Lisez l’article de Guilhem Dorandeu et Levi Roach, Lost and Found: the Saint-Denis Seal Impression of Edward the Confessor and the Development of the Early English Writ-Charter dans son intégralité via le site de Cambridge University Press.

« Sous le sceau de l’Europe » : une exposition en ligne vous présente quelques sceaux européens


Aboutissement de son travail, un stagiaire-archiviste des Archives de l’UE propose une exposition inédite sur les sceaux des premières communautés européennes. À partir d’une étude récente concernant les usages qui en sont faits, il éclaire comment un objet matériel se fait un instrument de légitimation juridique et symbolique.

  • Nicolas KERNEL

Jeune archiviste et historien de formation, Nicolas Kernel a soutenu le 13 novembre 2025 son master en Gestion contemporaine des archives de l’Université de Haute-Alsace à Mulhouse. Son travail de fin d’étude s’est construit autour d’un article rédigé lors de son stage aux Archives historiques de l’Union européenne (AHUE) à Florence, expérience in situ unique achevant son master en archivistique. Saluée par les félicitations du jury pour son approche novatrice, cette étude de l’usage et des symboliques iconographiques du sceau a particulièrement retenu l’attention des examinateur·rices, pour l’originalité du sujet de cette recherche à la croisée de l’histoire institutionnelle, de la diplomatique et des pratiques documentaires.

Pour marquer la fin de son année de stage, Nicolas accompagné de l’équipe des archivistes des AHUE a finalement conçu une exposition en ligne illustrant son article en mettant en lumière les sceaux conservés aux Archives et invitant le public à découvrir les enjeux de pouvoirs qu’ils rescellent. Cela marque l’aboutissement de ce beau projet avec au cœur : le sceau, même contemporain !

L’exposition a également l’originalité d’être bilingue et transposable en français et en anglais. Voici le lien pour accéder à la version française : https://archives.eui.eu/fr/audio_visual/exhibitions/42/exhibition_pages/113.

Pour ce faire, par une recherche minutieuse, Nicolas a mené, entouré et soutenu par les archivistes des Archives de l’Union européenne, le récolement quasi complet de tous les sceaux alors conservés à Florence. Pour cela, il est parti dans les dépôts à la chasse du moindre sceau, en dépouillant des fonds institutionnels comme privés, et en fouillant les fonds de boîte et de tiroir !

Sceaux et usages du sceau dans les premières communautés européennes

L’article explore le rôle du sceau comme outil central de légitimation dans les premières communautés européennes, en montrant qu’il ne s’agit pas d’un simple objet formel, mais d’un véritable instrument de pouvoir symbolique et juridique. À travers une analyse des pratiques de scellement, des choix iconographiques et des règles d’usage, il met en évidence la manière dont les institutions ont cherché à rendre visibles leur autorité, à garantir l’authenticité de leurs actes et à forger une identité institutionnelle crédible. Le sceau apparaît ainsi comme un objet à la fois matériel et performatif : il certifie les documents, engage des responsabilités juridiques précises et participe à une véritable mise en scène du pouvoir administratif et judiciaire. L’étude souligne également le rôle décisif de certains acteurs, souvent issus de l’administration, dans ces processus d’uniformisation et de normalisation documentaire, révélant l’importance du travail administratif dans la construction concrète de la légitimité européenne. Pour étayer cette réflexion, l’article s’appuie sur deux études de cas complémentaires de deux institutions qu’oppose leur rapport solennel au document.

Sceau de la Cour de justice des Communautés européennes

En effet, la Cour de justice des Communautés européennes (puis dès 2009 de l’Union européenne, CJUE) adopte dès sa fondation le sceau comme un symbole fort et unifié, s’inscrivant dans une tradition judiciaire européenne de longue durée, mobilisant une iconographie classique et une référence au latin afin d’affirmer la solennité et l’autorité du droit communautaire.

À l’inverse, au sein de la Commission Euratom (Communauté européenne de l’énergie atomique, CEEA), l’usage du sceau relève davantage d’un processus administratif progressif, marqué par des pratiques hétérogènes, des ajustements successifs et une attention croissante à la responsabilité juridique et à la traçabilité des actes.

Sceau de la Commission Euratom

La comparaison fait ressortir un contraste saisissant entre une institution judiciaire attachée de continuité symbolique et une administration en pleine construction, confrontée à la nécessité de normaliser ses outils de travail. Elle révèle cependant un point commun essentiel : dans les deux cas, la maîtrise des formes documentaires et des signes d’authentification s’avère indispensable pour asseoir l’autorité des institutions européennes et rendre leurs décisions recevables, lisibles et durables.

Retour au sceau alsacien ?

« Je suis tout simplement un fondu (rires), non pas de cire, mais de sceau, objet que j’ai découvert en 2021 au tout début de mon premier master en histoire médiévale, à l’Université de Strasbourg. Devant fréquenter les archives alsaciennes pour rédiger mon mémoire de recherche, consacré à l’étude de Richard Puller de Hohenbourg, chevalier homosexuel alsacien du XVe siècle, j’ai rencontré son sceau, qui m’a permis d’adopter une approche mêlant histoire sociale, culturelle et des représentations.

« J’essaie d’ailleurs toujours de rester un membre actif du groupe SigiAl en reprenant la collecte et la saisie des sceaux alsaciens sur SIGILLA. Pour moi, le sceau est un objet au cœur de multiples intérêts : les formes matérielles de l’autorité, les processus de normalisation documentaire et la construction symbolique des institutions, du Moyen Âge à l’époque contemporaine. Tout simplement fascinant, non ? »

Les Sceaux de l’Italie lombarde (VIIe – XIe siècle)

Anneau sigillaire de Rodchis, Cliché : Commune di Milano, Civico Museo Archeologico, St. 19467

Dans le cadre des conférences de la Société française d’héraldique et de sigillographie (SFHS), M. Guilhem Dorandeu présentera « Les sceaux de l’Italie lombarde (VIIe – XIe s.) » ce jeudi prochain le 16 avril à 17h.

Assistez sur place au Centre d’accueil et de recherche des Archives nationales (11, rue des Quatre-Fils, 75003 Paris, salle suspendue) ou bien en visio (lien de connexion : https://us06web.zoom.us/j/84081738764?pwd=AsnjZErxWbZLLAjFjyy4ddjSVLHRB5.1

Membre de l’Ecole française de Rome, M. Dorandeu nous parlera des sceaux trouvés dans le cadre de ses recherches. Une conférence qui s’annonce passionnante et à ne pas rater !

Pour plus d’informations, consultez les Actualités de la SFHS et sa newsletter datée avril 2026.

Scènes de chasse sur les sceaux

Arch. dép. Aube, 3 H 2302,
(c) Arch.Dép. Aube

Les Archives départementales de l’Aube souligne une œuvre exceptionnelle chaque mois. C’est une belle façon de montrer la diversité et la richesse de ses collections. En juin 2023, l’œuvre du mois portait moins sur une œuvre spécifique et plutôt sur un ensemble : les scènes de chasse représentées sur les sceaux dans la Champagne du XIIIe siècle. Écrit par Arnaud Baudin, c’est un sujet tout à fait passionnant avec des exemples époustouflants de sceaux !

L’article est à lire ou à redécouvrir sur le site des Archives.

Bonne lecture !

Etude d’un sceau équestre du chevalier zélandais Wolfert van Borselen

  • Daniel KELLER

Wolfert I van Borselen (Borssele), seigneur de Veere et Sandenburch (1250-1er août 1299), vassal du comte de Hollande, est sans doute un personnage historique majeur1: fondateur de Veere, constructeur du château de Sandenburch, il est le chef de file de la noblesse zélandaise, œuvrant pour l’autonomie et la charte foncière de la Zélande. C’est lui qui jette les bases de la grande position et de la richesse de sa famille. Elle appartenait probablement à l’origine à la petite noblesse terrienne dont émerge au XIIIème s. une noblesse de cour avec notamment la famille Borssele. Mentionné pour la première fois en 1271, Wolfert I est cosignataire en 1276 avec Floris V, comte de Hollande d’un traité (commercial), avec les marchands de Deventer. Vassal du comte de Hollande en 1280, il est fait chevalier en 1284. Entre 1290 et 1296 il choisit le camp de Guy de Dampierre, comte de Flandre, qui revendiquait la souveraineté sur la Zélande puis se réconcilie avec le comte de Hollande Floris V. Après l’assassinat de ce dernier en 12962, il devient un des principaux conseillers de son fils Jan I qui lui accorde plusieurs fiefs. C’est peut être une raison pour faire fabriquer de nouvelles matrices dont la plus grande est à peine plus petite que celle du comte3 . Il se débarrasse de son principal rival Jan van Renesse, bailli de Hollande méridionale, qui fuit en Flandre et étend considérablement ses propres possessions. Finalement il s’empare de toute l’autorité du gouvernement qu’il utilise pour s’enrichir. Sa soif du pouvoir lui vaut l’hostilité des nobles Hollandais et des habitants des villes néerlandaises. Le 1er août l’aristocrate détesté qui exerçait le pouvoir réel dans le comté en profitant de son ascendant sur le jeune comte Jan I, est assassiné par ses opposants à Delft4.

Plusieurs grands sceaux équestres sont connus entre 1277 et 1298 par leur empreinte ou leur moulage conservés dans les Archives générales du Royaume de Belgique5, les Archives départementales du Nord6, la collection de moulages des Archives nationales de France7, décrits dans le Corpus Sigillorum neerlandicorum8, ou représentés dans l’ouvrage de Raadt9 (Sceaux armoriés des Pays-Bas). Le chevalier tourné vers la dextre est coiffé d’un heaume ovoïde cimé d’un panache en forme d’éventail, chacun se terminant par une petite croix, revêtu d’une cote d’armes couvrant son haubert. De sa main gauche, il tient un écu portant ses armoiries, une fasce à trois étoiles à cinq raies en chef, armoiries qu’on retrouve sur la housse de cheval. Il brandit une épée de sa main droite. Des ailettes protègent ses épaules. La légende du sceau se lit de la façon suivante : « ISTVD SIGILLVM EST DMI WLFARDI DE BARSALIA  MILITIS». Le contre-sceau est héraldique et porte la légende : « SECRET WLFARDI DE BARSALIA ».Le diamètre du grand sceau est de 68 mm.

Matrice du sceau de Wolfert van Borsele Rijksmuseum Amsterdam

Par ailleurs une matrice datée des années 1298-1299 ainsi qu’un dessin10 sont conservés au Rijksmuseum d’Amsterdam11.

Dessin de la matrice Rijskmuseum Amsterdam

Une belle reproduction très fidèle à l’original, à l’exception d’une chainette plus courte et de l’appendice de préhension du contre-sceau, existe dans une collection particulière.

Reproduction de la matrice

Son empreinte est représentée sur la page de garde d’un ouvrage d’un historien hollandais Dirk Leendert Roth 12.

Elle diffère légèrement des empreintes plus anciennes par le cimier en forme d’éventail ou d’écran, la têtière du cheval et la position de la tête du destrier ainsi que par son diamètre 78 mm selon le Rijksmuseum13 et selon Alphen14. C.Hoek15 émet l’hypothèse que Wolfert I aurait ainsi fait réaliser entre 1298 et 1299, peut-être par un orfèvre allemand, une nouvelle matrice, plus grande que la précédente (68mm), la plus grande possible mais sans s’autoriser à égaler celle du comte Jan (80mm) ou Floris V (84mm)..Le cimier différent serait-il la marque distinctive d’une autre branche ou une brisure ?  « Des mêmes familles portant des cimiers différents »…. « Au XIII ème s. son (cimier) emploi est assez irrégulier : les uns le portent, les autres n’en ont pas ou bien en changent selon leur caprice ». « Encore voit-on, quelquefois, les fils, surtout les cadets, en prendre un autre que le chef de famille »16.8 Selon Raadt17, « Une certaine fantaisie (avant le XIV ème s.) a régné dans l’emploi des cimiers »… On ne peut pas non plus écarter une certaine marge de manœuvre de l’orfèvre qui l’a gravée.

Il aurait perdu son sceau ou l’aurait rendu délibérément introuvable en le jetant au moment de sa fuite en 1299 pour éviter que les chartes rédigées par ses adversaires ne soient ratifiées avec son sceau. La matrice, avec le contre sceau, a été retrouvée en 1870 lors des grands travaux de dragage effectués aux Pays-Bas entre 1866 et 1872 pour créer la « Nieuwe Waterweg » (la nouvelle Meuse) de Rotterdam à la mer. L’endroit le plus logique serait la Nouvelle Meuse près de Rotterdam où Wolfert a passé les dernières années de sa vie18. L’œuvre a été ensuite vendue en 1877 lors d’une vente aux enchères au Nederlandsch Museum, le futur Rijksmuseum d’Amsterdam où elle est conservée aujourd’hui19.

En conclusion on pourrait énoncer l’hypothèse suivante expliquant l’existence de deux sceaux équestres avec de légères variantes. Une première matrice d’un sceau équestre a été utilisée de 1277 à 1298. Abîmée ou usée ou perdue, elle aurait été remplacée après le 28 mars 1298 par une seconde plus grande. Pour Arnaud Baudin, Directeur adjoint des archives de l’Aube, « on ne change pas de cimier sans motif ». La modification peut traduire une volonté de s’affirmer estime Clément Blanc-Riehl, responsable des collections sigillographiques des Archives nationales. Les armes du chevalier sont ainsi montrées quatre fois (cimier, têtière, écu et housse du cheval). L’augmentation de taille traduirait sans doute une meilleure position politique ou des prétentions nouvelles.

Notes – De Raadt cite trois empreintes de diamètre 70 mm pour les années
1292, 1298 et 1299. C.Hoek émet l’hypothèse que la nouvelle matrice
aurait été réalisée après le 28 mars 1298, alors que l’ancienne était encore
utilisée…
-Dans le cas du sceau de 1298-1299, les auteurs évoquent tantôt 78mm
tantôt 75 mm comme la copie également. (col. part.)
-Gijs van der Ham parle de deux matrices mais ne précise pas s’il s’agit
de deux matrices ou d’une matrice et du contre-sceau .
Un problème non résolu : La copie de la(ou d’une) matrice a un diamètre de
75 mm alors que le modèle celui du Rijksmuseum fait 78 mm…
Voir aussi les chartes de Hollande et de Zélande :
Oorkoondenboek van holland en Zeeland tot 1299- https://www.huygens.knaw.nl
Notamment une charte du 30 octobre 1290.

Sources :

1 Dictionnaire biographique des Pays-Bas,1854.

2Alphen, Provinciale Nordbrabantsche en ‘s—Hertogenbossche courant 12 augustus 1870.

3Gijs van der Ham : « Zegelstempel van een ridder » in De geschiednis van Nederland in 100 voorwerpen ,Rijksmuseum, 2013.

4Obreen…(Dr.Henri) Het geslacht van Borselen in De Nederlandsche Leeuw,1927, Jahrgang 45 p.363-364.

5Archives Générales du royaume de Belgique, Chartes de Flandre, n°18889.

6Archives départementales du Nord, inventaire des sceaux de Flandre, Chambre des Comptes, n°611.

7Collection de moulages des Archives nationales de France, sceaux de Flandre n° F 611.

8Corpus sigillorum neerlandicorum, n°759 et 760.

9Raadt (J.-Th. De), les sceaux armoriés des Pays-Bas et des pays avoisinants, 1898, pp.80,89, 295-296,315.

10Derkinderen(Antoon), Schetsboek met 51 bladen, 1892-1901.109.Roth (Dirk Leendert ), Ene stille waerheyt va1n sware dingen,Delft,2007. https://id.rijksmuseum.nl/200606527

11Rijksmuseum d’Amsterdam, zegels et fiche d’inventaire, https://id.rijksmuseum.nl/20048407

12Dirk Leendert Roth, Ene stille waerheyt van sware dingen,,Delft,,2007.

13Belaerts van Blockland (Dr.W.A.),De zegels der Graven van Holland , in De Nederlandsche Leuw, p.135-136.

14Alphen, Provinciale Nordbrabantsche en ‘s—Hertogenbossche courant 12 augustus 1870.

15Hoek (C.), heraldik uit boden-en baggervondsten, in De nederlandsche Leeuw, Jaargang CX, nr.7-8, juli-augustus,1993,p.303-311.

16Raadt (J.-Th. De), les sceaux armoriés des Pays-Bas et des pays avoisinants, 1898, pp.80,89, 295-296,315.

17Raadt (J.-Th. De), les sceaux armoriés des Pays-Bas et des pays avoisinants, 1898, Tome I, p.89.

18Raadt (J.-Th. De), les sceaux armoriés des Pays-Bas et des pays avoisinants, 1898, pp.80,89, 295-296,315.

19Rijksmuseum d’Amsterdam, zegels et fiche d’inventaire, https://id.rijksmuseum.nl/20048407

Quand la cour du duché de Bourgogne change de sceau

  • Matthieu MULLER

Lors d’une vaste opération visant à compléter les fiches de la base de données SIGILLA à propos des sceaux conservés aux Archives Départementales du Doubs, à Besançon, nous avons fait quelques découvertes intéressantes. Ces archives présentent une quantité notable de sceaux de juridiction de la cour du duché de Bourgogne. Il s’agit d’au moins 28 empreintes, accompagnées de leurs contre-empreintes en été 2025. Cela peut paraître inattendu étant donné que le territoire de l’actuel département du Doubs recouvre les anciens territoires de la ville libre impériale de Besançon et du comté de Bourgogne. En somme, des territoires qui sont voisins au duché de Bourgogne. Si par exemple, le comté et le duché ont été réunis par un seigneur commun, notamment les ducs-comtes Eudes IV de Bourgogne (1330-1347) et Philippe de Rouvres (1347-1361), puis les fameux Bourgogne-Valois (1384-1482), nous avons relativement peu de sceaux. En effet, la plupart des sceaux actuellement rencontrés n’ont aucun rapport direct avec les ducs de Bourgogne, mais plutôt leurs vassaux ou leurs familles, qui eux pouvaient avoir des terres à la fois dans le duché et dans le comté de Bourgogne. Il n’était alors pas rare qu’ils fassent appel à la chancellerie ducale pour authentifier leurs actes, ou que celle-ci prenne bien en copie et conserve les divers actes prononcés par lesdits vassaux.

Les grands sceaux ou sceaux de juridiction

Pour l’instant, la base de données SIGILLA référence quatre sceaux de juridiction ou grands sceaux pour la cour du duché de Bourgogne. Ils sont tous plus ou moins associés à des contre-sceaux qui leur sont propres. Les sceaux qui nous intéressent sont les deux plus anciens. Actuellement, ils sont datés entre 1277 et 1362 pour le premier, puis 1362 et 1363 pour le second. Comme nous pouvons le constater, les deux sceaux ont été utilisés pendant l’année 1362. Ce premier sceau (fig. 1), rond avec un diamètre avoisinant les 60 mm est décrit comme tel :

Fig. 1 : “Sceau de juridiction” ou grand sceau de la cour du duché de Bourgogne, utilisé entre 1277 et 1362.

« Personnage représenté de face, assis sur un banc garni d’un coussin, coiffé d’un couvre-chef en forme de mortier, vêtu d’une robe à manches étroites, descendant à mi-jambes. Il étend sa main droite vers un livre ouvert posé sur un pupitre ; de la gauche il soutient l’écu de Bourgogne (bandé de six pièces à la bordure) ».

Il a pour légende : « + ⋮ SIGILLVM : CVRIE : DVCIS : BVRGVNDIE (huit points rangés en fleurette) ».

  Ce que l’étude des sceaux des Archives Départementales du Doubs nous a permis, c’est de déterminer à quelques semaines près, entre juillet et août 1362, le moment où ce sceau est remplacé par un nouveau. Ce dernier sceau (fig. 2), lui aussi rond et de près de 60 mm de diamètre est décrit comme ceci :

Fig. 2 : Moulage (Bourgogne 572), du “Sceau de juridiction” ou grand sceau de la cour du duché de Bourgogne, utilisé entre 1362 et 1363.

« Personnage représenté de face, assis sur un banc, les cheveux bouclant sur les oreilles. Il est drapé dans un manteau qui passe sur l’épaule gauche. Il étend la main droite sur un livre ouvert, il soutient, de la gauche, l’écu de Bourgogne ancien (bandé de six pièces à la bordure). Au-dessus de sa tête, un dais d’architecture ; dans le champ du sceau, des fleurs de lys. »

Nous manquons encore de données pour pouvoir indiquer fidèlement la légende de ce nouveau sceau, mais voici ce dont nous sommes certains : « S’ CV RIE : DVCA [___] RGONDIE ». Nous estimons que sa forme développée serait : « Sigillum curie ducatus (ou ducatis) Burgondie ».

Les deux sceaux se ressemblent. Il reste un personnage central, qui est assis sur un siège, bien que sa posture soit devenue plus droite, avec un écusson de Bourgogne ancienne à droite, et un livre à gauche. Les ajouts notables sont le dais en haut et qui vient occuper une place précédemment détenue par la légende, ainsi que les fleurs de lys en fond. Un autre élément notable, notamment pour faire la distinction entre les deux sceaux, est que l’écusson s’enfonce plus profondément dans la légende et que les pieds du personnage coupent celle-ci. Il y a donc moins de place pour la légende, ce qui explique pourquoi elle est bien plus courte que celle du sceau précédent, mais indique la même chose : il s’agit du sceau de la cour du duché de Bourgogne.

Les contre-sceaux

Ces sceaux sont souvent accompagnés de contre-sceaux qui, dans l’état actuel des connaissances, semblent avoir été utilisés pendant la même période. Le premier contre-sceau (fig. 3), rond, d’un diamètre de 35 mm, utilisé entre 1277 et 1362 est décrit ainsi :

Fig. 3 : Contre-sceau de la cour du duché de Bourgogne, utilisé entre 1277 et 1362.

« Ecu bandé de six pièces à la bordure (Bourgogne duché, ancien), entouré d’un rinceau portant des grains trois par trois, et surmonté d’une palmette. »

La légende lue est : « + 9 T : S. CVRIE : DVCIS : BVRG’ » et sa forme développée serait : « contra sigillum curie ducis Burgundie ».

            Tout comme pour les sceaux, ce contre-sceau est remplacé par un autre en été 1362. Le nouveau contre-sceau (fig. 4), rond et d’environ 33 mm de diamètre, est décrit comme tel :

Fig. 4 : Contre-sceau de la cour du duché de Bourgogne, utilisé entre 1362 et 1363.

« Un écu bandé de six pièces à la bordure, accompagné de trois fleurs de lys, une en chef, une à chaque flanc, et, en pointe, de deux palmes, le tout dans un quadrilobe coupant la légende. »

La légende est : « 9TRAS’ CVR’ DV / CAT’ BVR / GODIE » et sa forme développée est : « contrasigillum curie ducatus Burgondie ».

Comme pour les grands sceaux, nous pouvons constater que la fleur de lys apparaît en 1362, et que la légende est découpée en plusieurs endroits. Toutefois, les éléments les plus marquants de l’ancien contre-sceau sont préservés : l’écu du duché de Bourgogne, et la palme. Si la légende est différente, elle veut dire la même chose : contre-sceau de la cour du duché de Bourgogne.

Le changement de sceau et ses causes

Maintenant, il s’agit de préciser ce changement de sceau. En effet, les actes auxquels sont attachées les empreintes nous permettent de dire que ce changement a été effectué en été 1362, entre juillet et août. Peut-être que l’avancée des recherches nous permettra d’être plus précis à l’avenir, mais il nous semble important de mentionner quelques éléments avant de proposer une explication à ce changement.

Tout d’abord, il faut noter que tous les documents étudiés aux Archives Départementales du Doubs, sont issus du trésor des Chartes des comtes de Bourgogne. Ce fonds a été constitué à la fin du XIIIe siècle lorsque le comte de Bourgogne Othon IV laisse les affaires du comté au profit du roi de France, Philippe le Bel. Ce trésor regroupe donc les actes fondamentaux relatifs au comté de Bourgogne, la famille des comtes et leurs alliés (voire ennemis). Ensuite, nous pouvons remarquer que tous les actes auxquels sont attachés les sceaux qui nous intéressent, sont des vidimus et plus généralement des copies d’actes existants. Les sujets sont assez variés et concernent effectivement ce dont on peut s’attendre en consultant le Trésor des Chartes des comtes de Bourgogne. Pour exemple, les deux actes connus les plus récents et dont nous avons la certitude qu’ils ont été scellés du premier sceau (1277-1362), datent du « VIIII » juillet 1362. Le premier (AD 25, 1 B 18-12) est le vidimus d’un accord datant de 1262 entre Jean de Bourgogne (comté) et son frère Othon IV. Le second (AD 25, 1 B 16-10) est aussi une copie d’un acte de 1328 entre la reine de France, Jeanne de Bourgogne et Henri de Bourgogne, chevalier à propos de la succession de leur oncle, Hugues de Bourgogne.  De l’autre côté, l’acte connu et le plus ancien scellé du second sceau (1362-1363) date du « XI » août 1362. Il s’agit là aussi d’un vidimus d’un acte de 1312 (AD 25, 1 B 29-9), où l’officialité de Langres déclare ajouter son sceau au testament d’Hugues de Bourgogne (comté). La nature de ces copies n’a rien de surprenant pour une chancellerie ducale, mais peuvent déjà nous donner une piste sur les raisons du changement de sceaux. L’autre indice est la date : entre le 9 juillet 1362 et le 11 août 1362.

Avant d’enfin proposer une piste d’interprétation, il faut aussi faire remarquer que la plupart des sceaux que nous avons étudiés sont en mauvais état. La plupart sont fragmentaires avec seulement quelques légers indices. Certains actes sont tout aussi en mauvais état que les sceaux… Sans la base de données SIGILLA, il faudrait avoir une très bonne connaissance de ces sceaux pour savoir rattacher correctement les fragments au bon sceau type, surtout dans une période d’activité aussi restreinte (1 mois).

Une fois ce constat fait, il faut nous interroger sur les raisons qui auraient pu justifier le changement de sceau. S’agissant des sceaux de la cour du duché de Bourgogne, il faut s’intéresser à son maître en 1362. Cette année correspond justement à une période de transition entre les différents ducs de Bourgogne (et comtes). En novembre 1361 le duc et comte de Bourgogne (par alliance), Philippe de Rouvres décède. N’ayant pas d’enfant, sa mort met un terme à la dynastie des Capétiens. Le roi de France, Jean le Bon, en profite alors pour récupérer le duché à son compte. En 1362, il semblerait que la veuve du duc, la duchesse Marguerite de Flandre, ou plus probablement ses conseillers, puisqu’elle était alors âgée de douze ans, aurait déclenché une politique de centralisation documentaire à Dijon. Les autorités locales étaient alors chargées de fournir des copies de leurs actes, notamment à la chambre des comptes de Dijon. Du côté franc-comtois, le comté reste chez les Capétiens et revient à Marguerite de Bourgogne, fille de Philippe V le Long et de Jeanne II de Bourgogne, elle-même fille du comte Othon IV de Bourgogne. La séparation administrative entre comté et duché de Bourgogne peut aussi expliquer la multiplication de copies produites à ce moment-là. Ce n’est qu’une vingtaine d’années plus tard que les deux Bourgogne seront de nouveau réunis pendant un siècle sous les Valois.

Pour l’instant, cela ne semble expliquer que l’intensité de l’activité de la chancellerie ducale, pas son changement de sceau. Cela témoigne cependant d’une évolution dans l’administration ducale et du transfert d’archives et éventuellement de nouveaux administrateurs. La raison paraît assez évidente, et l’apparition des fleurs de lys sur les sceaux le confirme : le duché étant revenu dans le giron royal, il convenait d’en marquer le changement à travers les symboles du pouvoir. La période d’utilisation de ces sceaux à la fleur de lys semble corroborer cette interprétation. En effet, dans l’état actuel des connaissances, ils auraient été utilisés seulement en 1362 et 1363. Nous pouvons supposer que lorsque Philippe le Hardi, fils du roi Jean le Bon, obtient le duché en 1363, il fait remplacer ce sceau peu de temps après. Malheureusement, nous avons un hiatus d’une quinzaine d’années entre 1363 et 1377, ce qui nous empêche de confirmer cette théorie pour le moment. À noter qu’en 1369, la veuve du duc Philippe de Rouvre, Marguerite de Flandre, épouse le successeur de son défunt mari.

Les sceaux suivants ?

En ce qui concerne les sceaux qui succèdent à ceux de 1363, il nous faut pousser un peu plus nos investigations pour bien les comprendre. Ce qui est sûr, c’est que les changements sont assez notables.  Le grand sceau (ou sceau de juridiction en fonction des actes) conserve un personnage assis sur un siège qui est composé d’un lévrier de chaque côté et sous un dais (fig. 5). Il tient toujours à gauche un livre et à droite un écu du duché de Bourgogne. Cette fois, l’écu est aux armes dites « modernes » en effet, nous pouvons les décrire comme tel : « Écartelé, aux 1 et 4 de Bourgogne moderne (à la fleur de lys et à la bordure componée), aux 2 et 3 de Bourgogne ancien (Bandé ; à la bordure) ». Ces nouvelles armes, notamment à travers la fleur de lys, tendent à rappeler le sang royal dont est issu la nouvelle dynastie des ducs de Bourgogne. L’écu n’entre désormais plus dans la légende qui est séparée du champ par un feston. Tout comme le livre, l’écu est tenu par un ange. Enfin, les pieds du personnage reposent sur deux lions et séparent la légende en bas et les fleurs de lys ont disparu du champ. Il s’agit donc toujours d’un sceau rond, mais légèrement plus grand. En effet, si les anciens étaient autour des 60 mm de diamètre, celui-ci est autour des 65 mm.

Fig. 5 : “Sceau de juridiction” ou grand sceau de la cour du duché de Bourgogne, utilisé à partir du règne de Philippe le Hardi.

Pour ce qui est de la légende, il est inscrit : « SIGILLUM : MAGNUM : CURIE : DUCIS : BURGUNDIE ». C’est très proche de ce que nous avons observé auparavant, toutefois, nous pouvons noter l’apparition de « Magnum » qui souligne qu’il s’agit du grand sceau de la cour du duché de Bourgogne.

Enfin, le contre-sceau (fig. 6) de ce grand sceau est rond, d’un diamètre autour des 33-35 mm (comme les précédents) et peut être décrit comme tel : « Écu écartelé de Bourgogne moderne et de Bourgogne ancien, sommé d’une petite fleur de lys, dans une rosace à huit lobes ». L’écu a donc été mis à jour, et la petite palme a été remplacée par une fleur de lys. L’encadrement du champ est devenu une rosace à huit lobes. La légende, entre grenetis, se lit : « † CONTRA SIGILLUM : CURIE : DUCIS : BURGONDIE ». Il s’agit donc des mêmes informations que les contre-sceaux les plus anciens.

Fig. 6 : Contre-sceau de la cour du duché de Bourgogne, utilisé à partir du règne de Philippe le Hardi.

L’usage de ces nouveaux semble durer pendant toute la période des ducs de Valois-Bourgogne, mais il nous faut encore perfectionner nos études pour bien cerner son usage et évolution.

Conclusion

L’étude des sceaux du Trésor des Chartes des comtes de Bourgogne aux Archives Départementale du Doubs a permis d’éclaircir la période de transition entre deux types de sceaux de la cour du duché de Bourgogne, mais aussi deux dynasties. Pendant environ un siècle, la cour du duché de Bourgogne n’avait apparemment pas changé de sceau de juridiction, ou grand sceau. Puis en 1362, il change en même temps que son passage dans la maison royale française des Valois. Grâce aux actes et sceaux conservés aux Archives Départementales du Doubs, nous pouvons dater ce passage au mois près : entre juillet et août. D’une certaine manière, c’est même grâce à des outils modernes tels que la base de données SIGILLA que nous parvenons à rattacher des sceaux très fragmentés à des sceau-types et différencier deux sceaux très similaires alors qu’ils sont en mauvais état de conservation. Le sceau de 1362 ne semble pas avoir été utilisé après 1363, mais il faut encore approfondir nos recherches pour combler une quinzaine d’années de hiatus. Le grand sceau qui lui succède démontre une intéressante continuité avec ceux qui l’ont précédé. En effet, les trois grands sceaux conservent comme iconographie principale un personnage assis sur un siège avec un livre ouvert dans sa main en senestre et l’écu du duché de Bourgogne en dextre. Idem pour les contre sceaux : il s’agit grossièrement de l’écu du duché de Bourgogne. La légende signifie généralement la même chose que ce soit entre les grands sceaux ou entre les contre-sceaux. Quand les sceaux de la période « royale » se contentent d’ajouter des fleurs de lys, les sceaux de l’époque Valois-Bourgogne mettent à jour l’écu de Bourgogne en le remplaçant par le moderne et ajoutent plusieurs paires de figures au champ du grand sceau : des anges, des lévriers et des lions. Un autre élément notable de ce grand sceau, est qu’il est légèrement plus grand que les précédents alors que les contre-sceaux sont sensiblement de même diamètre. Malgré leurs différences, ces sceaux s’inscrivent dans une continuité cohérente, vraisemblablement d’ordre dynastique.

Enfin, continuer à mener des recherches, que ce soit aux Archives Départementales du Doubs ou ailleurs, nous permettrait de confirmer ou non cette piste et parfaitement comprendre l’évolution des sceaux de la cour du duché de Bourgogne.

Colloque « Sceller les traités » sur YouTube

Le Centre des archives diplomatiques à La Courneuve, en coopération avec SIGILLA, a organisé un colloque novembre dernier dédié aux sceaux présents sur les traités. « Sceller les traités. Relations diplomatiques & sigillaires du Moyen Âge au XIXe siècle » a eu lieu les 14 et 15 novembre 2024. Lors de ces deux journées, les intervenants ont présenté des sujets variés l’un plus intéressant que l’autre. Du XIIIe siècle jusqu’au XIXe, nous avons étudié la sigillographie avec un ensemble de cas pratiques.

Toutes les interventions et les discussions qui les suivaient ont été enregistrées et désormais sont mises à votre disposition sur la chaîne YouTube des Archives diplomatiques.

Bon visionnage à toutes et à tous !

Sceller les traités

Nous avons le plaisir de vous annoncer le colloque organisé par le Centre des Archives diplomatiques et SIGILLA :

Sceller les traités.
Relations diplomatiques & sigillaires du Moyen Âge au XIXe siècle.
14 et 15 novembre 2024

Les interventions porteront sur les pratiques de scellage des traités à travers l’histoire.

Nous vous invitons à consulter le programme joint pour plus de détails.

Une inscription (gratuite) est obligatoire pour des raisons d’organisation et de sécurité. Vous pouvez vous inscrire via ce lien : https://forms.office.com/e/QACjhBNcg9

En attendant la joie de vous retrouver à La Courneuve 

Le sceau de Sigmund

  • Solenn NOLLEZ, M2, CESCM Poitiers

La flamboyante et tragique Marie Stuart, le téméraire Magellan, l’implacable Jean Calvin, ou la sublime Marie Antoinette au seuil de l’échafaud, ont un point commun. Ils doivent tous au génie de Stéphane Zweig d’avoir ancré au plus profond de nos représentations, si marquées par la grande Histoire, leur dimension sensible, humaine, et psychologique. L’amitié connue de Zweig et Freud n’est pas étrangère à cette liberté d’interprétation du fait historique. Cette formidable épaisseur psychologique n’est pas pour autant création pure. Zweig était un écrivain d’une grande rigueur, et il ne fait pas débat que, si la chair de ses écrits est inspirée, le squelette, lui, est d’une rigoureuse fiabilité. A l’instar de Lucien Febvre considérons que « toute une part, et la plus passionnante sans doute de notre travail d’historien, (…) consiste (…) dans un effort constant pour faire parler les choses muettes. »

Or, le sceau, chef d’œuvre de minutie, creuset d’identité, preuve et attestation, qui comme nous le rappelle Michel Pastoureau1 « représente et prolonge, emblématise et symbolise » celui qui l’appose, nous offre, non seulement une expérience esthétique unique, mais aussi un formidable accès à l’âme vive du sigillant2.

Dans son « Chapeau de Vermeer », Timothy Brook entre dans une description des premiers échanges mondiaux par le truchement d’éléments choisis dans les tableaux du maitre hollandais : un chapeau, une perle, un vase. Dans une composition picturale, comme dans les sceaux, les choix de matière, de couleur, la représentation de la posture, le choix des emblèmes, tout est lourd de sens pour qui s’y attarde. La sigillographie examine en outre le mode, la qualité, et la matière des attaches et de la cire. Enfin, cette science fournit un vocabulaire singulier, qui ajoute au charme de cette rencontre entre politique et psychologie, matière et poésie.

Pour s’en persuader tout à fait, deux études de cas, sceaux choisis parmi ceux conservés dans les précieux casiers de la médiathèque de Poitiers, nous permettent d’esquisser la richesse d’une telle rencontre.

Philippe IV de France dit le Bel : « La puissance et la grandeur ».3

Dans les tout premiers casiers de la médiathèque, l’acte n° C5 attire l’attention. Sa graphie impeccable, et la grande qualité de conservation de son sceau interrompent le temps. Son sujet glaçant, l’expulsion des juifs de la ville de Poitiers en 1291, achève de retenir le lecteur.

« Philipus Dei gratia francorum rex, universis presentes litteras salutem… » cette adresse, suivie de l’implacable décision, manifeste un souverain dont l’habileté politique sait se montrer féroce. Quant au sceau appendu il révèle une personnalité complexe.

Sursaut du Surmoi cher à Freud, le sceau de Philippe le Bel s’insère harmonieusement dans la lignée des monarques qui le précèdent. Un examen rapide des sceaux types de ses père et grand-père le confirme aisément :

Même posture, même tenue, même usage du lys comme meuble héraldique, la continuité est cherchée. Pourtant, il se dégage de ce dernier sceau une impression générale de force, de rigueur et de finesse. Les multiples biographies de Philippe le Bel ne manqueront pas de corroborer dans toutes leurs variables ces traits de caractère du monarque. Par quels moyens le roi et son orfèvre ont-il réussi à créer cet effet ?

Ces trois rois de France mettent tout d’abord en valeur l’onction de leur personne en faisant dépasser leur chef couronné dans la bordure qui énonce leur titre, « la tête mord sur l’exergue ». Notons néanmoins la valorisation croissante de la dignité des symboles de la royauté. La fleur de lys de Saint Louis est encore bien proche de la fleur des champs. Cet effet de nature est renforcé par la simplicité de son marche-pied et celle de son trône. L’image d’Epinal du roi rendant la justice sous son chêne n’est pas loin. Dès Philippe le Hardi, la fleur de lys est stylisée, le marche-pied est sculpté. Le trône est « orné d’avant-corps de dragons aux longs cous couverts d’écailles », ses pieds reposent « sur un tapis résillé semé de quartefeuilles ». Un socle sculpté dans la bordure, « une arcature », achève de donner de la prestance à l’ensemble. Philippe le Bel reprend à son compte ces éléments mais leur donne une ampleur supplémentaire. Des lions à l’épaisse crinière soutiennent et défendent le trône. Ce volume important trouve écho dans le généreux drapé de la tunique du roi, dalmatique vigoureusement tranchée par la verticalité du galon fleurdelisé. Comme Le Hardi, mais avec une acuité troublante, son visage de face semble affronter sans détour son observateur. Enfin, une triple bordure encadre sa legende « PHILIPPVS : DEI : GRA / CIA : FRANCORVM : REX ». Un double cercle de grènetis, et des cercles intérieurs séparés du champ par un filet achèvent d’orner et d’occuper l’espace. Le contraste avec les lignes épurées de son aieul est assez saisissant. L’occupation méthodique de tout l’espace du sceau est un résumé synthétique du mode de gouvernement de Philippe Le Bel. Du gallicanisme à l’éradication de tout ce qui semble altérer l’unité du Royaume, la puissance royale est centrale, omniprésente, et tend à l’omnipotence.

L’empreinte de l’acte C5 est réalisée dans une cire épaisse, d’un vert profond, et attachée à l’acte par des lacs de soie dont la couleur est encore singulièrement vive. Malgré le passage des siècles cette volonté de fer, mise au service du trône, et véhiculée par le seel royal, est encore d’une efficacité visuelle fascinante.

Quelques siècles et quelques casiers plus tard, une autre découverte est tout aussi parlante. Le contexte fort éloigné, et un monarque au tempérament en tout point antagoniste au précédent, nous offre une autre illustration de cet alliage entre matière et caractère.


L’évanescent Henri III :

Henri III, roi de France et de Pologne, apparaît au détour d’un acte portant création de l’office d’un second maitre jaugeur à Poitiers en 1577.

Le thème est moins grave. La cire, très friable, n’a pas gardé une empreinte identifiable, pourtant les débris semblent indiquer par leur taille, le grand sceau utilisé par Henri III entre 1575 et 1588 :

Le contraste avec l’expérience précédente est saisissant. La majesté est ici voilée, imprécise, indistincte. Les volutes du temps semblent avoir effacé les traits du roi. A l’image de celle laissée dans la mémoire collective, les traits fins semblent engloutis par la violence du contexte. Le dais royal oppresse et menace. Alain Joblin dans une récente biographie4 du monarque déplore ce que la mémoire collective garde comme image de ce souverain « incompétent, léger et inconsistant » et met en relief le drame vécu par cet homme « roi cultivé, intelligent, en quête de reconnaissance » et qui, comme le disait une chronique du temps, «étoit un bon prince, s’il eût rencontré un meilleur siècle.5 »

Dans la plupart des actes scellés de ce souverain, la cire jaunâtre est très altérée voire détruite. Les meilleures conservations ne gardent que des reliefs peu profonds, qui peinent à manifester la cohérence de l’ensemble. L’attache est souvent une bande coupée dans le bas du parchemin, une simple queue. Lorsque le flamboyant floc de soie bicolore a été choisi la cire s’est morcelée et il ne reste que des débris pantelants… Que comprendre de ce roi sans visage ? La fascination ici aussi opère, mais laisse dans son sillage une obscure inquiétude que le triste sort d’Henri III achève de rendre tragique.
Le sceau est un support de communication, un moyen de revendication, et sa dimension politique fait l’objet d’un renouveau historiographique important depuis quelques années. Une analyse rigoureuse du contexte dans lequel le sigillant se déploie, du lignage dont il se réclame, des vertus dont il veut se prévaloir est alors nécessaire.

Ici il s’agit d’une lecture qui invite à considérer ce qui échappe au sigillant et l’incarne presque malgré lui. Un éclat de l’âme saisi par l’orfèvre, et qui quelques siècles plus tard a toujours la même force. Une lecture de psychologue, une lecture de poète.

  1. Michel PASTOUREAU, « Les sceaux et la fonction sociale des images », dans L’image. Fonctions et usage des images dans l’Occident médiéval, Les Cahiers du Léopard d’Or, n° 5, Paris, 1996, p. 287. ↩︎
  2. Les termes techniques liés à la sigillographie sont notés en italique, le glossaire mentionné dans la base Sigilla en donne des définitions précises. ↩︎
  3. Syntagme tiré de Jacques KRYNEN, Philippe Le Bel : la puissance et la grandeur, Gallimard, Paris, 2022. ↩︎
  4. Alain JOBLIN, Un roi de tragédie, Ellipses, Paris, 2023. ↩︎
  5. Pierre de l’ESTOILE, Journal de Henri III, Collection des mémoires relatifs à l’histoire de France, Alexandre Petitot, Paris, 1825. ↩︎