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La collecte aux Archives départementales du Rhône, première phase : les sceaux du clergé séculier d’après l’inventaire d’Henri Hours

  • Perrine MESGUEN

En mai 2025, grâce à une subvention de la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes, nous avons commencé la collecte des sceaux conservés aux Archives départementales (AD) du Rhône, à Lyon, en collaboration directe avec deux étudiants de l’Université Jean-Moulin Lyon 3, partenaire du projet.

Fig. 1 : 4 fiches (numérotées) de l’inventaire manuscrit des sceaux conservés aux Archives départementales du Rhône par Henri Hours.

C’est en nous basant sur le recensement des sceaux de la série G des AD (relative au clergé séculier) effectué dans les années 50 par Henri Hours, ancien conservateur des archives, que nous avons débuté cette collecte. Si le manuscrit original est malheureusement introuvable aujourd’hui, les AD en possèdent une précieuse copie, classée par ordre alphabétique des sigillants et par typologie de sceaux (sceaux en cire ; sceaux pain à cacheter sous papier ; cachets en cire d’Espagne ; bulles ; sceaux en cire pendants, plaqués, sous papier). Il y a de ça quelques années, un travail d’édition numérique dudit inventaire a été réalisée, nous offrant un tableau au format .xls très utile pour notre mission, avec dans chaque colonne les données indiquées par l’archiviste lorsqu’il les a renseignées : le sigillant, sa qualité, le lieu et la date d’émission de l’acte, la matérialité du sceau, sa description, la légende, la cote, l’état de conservation du sceau, l’annonce de l’acte et quelques observations le cas échéant – notamment sur l’état de conservation. Pour le rendre définitivement exploitable, nous avons numéroté chaque fiche du document, afin de permettre un renvoi clair dans la bibliographie SIGILLA (cf. fig. 1). Ainsi, 783 fiches composent cet inventaire. Sachant que chaque fiche peut renvoyer à un ou plusieurs sceaux, cela nous donne près de 900 sceaux référencés[1], couvrant une période allant du XIIe s. au XVIIIe s.[2] (cf. fig. 2 et 3).

Partant de cette précieuse source, nous avons pu commencer la collecte. Pour plus de facilité dans la consultation des documents aux AD, le choix a été fait de trier le tableau non pas par ordre alphabétique mais par cote – Henri Hours ayant traité les cotes allant de 1G à 10G. Ainsi, boîte d’archives après boîte d’archives, acte après acte, les sceaux recensés par l’archiviste ont fait l’objet d’une étude matérielle et d’une couverture photographique. Associant les informations récoltées au milieu du XXe s. à nos observations, l’inventaire a dès lors pu être complété et, surtout, les données ont pu être intégrées de façon pérenne dans SIGILLA. À l’heure actuelle, 418 actes ont été traités et pas moins de 456 empreintes sont venues enrichir la base, sans oublier le nombre important de personnages, ecclésiastiques ou laïcs, souvent peu ou pas connus, venus enrichir les rangs des sigillants référencés.

Au fil de la collecte, différents constats ont pu être faits qui ne peuvent qu’enjoindre à continuer le recensement pour, dans le même temps, compléter l’inventaire d’Henri Hours et assurer une forme de conservation préventive des sceaux.

D’abord, compléter, en ce que l’archiviste a pris le parti, pour certaines empreintes, de ne pas les intégrer dans son inventaire. C’est notamment le cas pour nombre d’actes scellés sous papier par le Chapitre Saint­-Jean de Lyon au XVIIIe s. avec une matrice identique (pour le sceau-type, voir Chapitre Saint-Jean de Lyon – sceau – 1738/1778 dans SIGILLA) ; s’il n’est pas difficile de comprendre le choix d’Henri Hours, la collecte SIGILLA, de son côté, souhaite être la plus exhaustive possible et ces empreintes font donc l’objet d’un relevé systématique. Cela nous a permis, pour le moment, de compléter l’inventaire des sceaux du Rhône avec 80 empreintes.

Par ailleurs, force est constater que l’état de conservation des sceaux n’est malheureusement pas toujours optimal. Henri Hours le notait déjà dans son inventaire avec des mentions telles que « débris » ou « manquent les ¾ », et nous ne pouvons que remarquer que bien des empreintes sont aujourd’hui plus dégradées encore. Ainsi, il est apparu comme évident de renseigner dans le tableau de travail l’état du sceau lorsqu’il était préoccupant, afin d’en faire remonter l’information au service de conservation des AD : une collaboration essentielle pour préserver, au mieux, ces sources précieuses que sont les sceaux.

Cette première phase de collecte de sceaux conservés aux AD du Rhône aura donc permis de mettre en place une vraie méthodologie de travail, en créant un outil hybride mêlant inventaire manuscrit du XXe s. et données numériques du XXIe s., d’une utilité certaine pour réaliser une moisson efficace et offrir à qui souhaiterait participer au projet une base de travail solide. Car en effet, certains de la richesse dont regorgent les AD, nous espérons continuer et mener à bien cette mission en étendant le référencement au reste des fonds qui y sont entreposés. Car, si une seule série contient plus de 900 sceaux, imaginons combien d’empreintes inédites se cachent encore dans les Archives ? À nous de le découvrir.


[1] À noter que, malgré la précision qui caractérise cet inventaire, une centaine de fiches – et donc de sceaux – n’a pas de cote associée.

[2] Exception faite d’un sceau de Charles, roi de Provence, daté de 861 (10G3125, Hours n°95, p. 24).

Un document multiscellé des AD Rhône

  • Marguerite MARCHAL

Durant la fin de mon master d’histoire médiévale à l’Université Jean Moulin Lyon III, j’ai eu la chance de pouvoir participer au projet SIGILLA aux Archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon. Tout d’abord dans le cadre d’un stage, j’ai enchaîné avec un contrat d’un mois pendant l’été. J’y ai travaillé avec Perrine Mesguen sous l’égide de Catherine Kasteleiner.
Lors de mon passage aux Archives Départementales, j’ai découvert un document étonnant dans sa forme. Cet acte, le 10 G 3353³, ne comporte pas moins de 180 feuilles et remporte ainsi de loin la palme du plus grand acte que j’ai pu étudier. Il fait état du procès-verbal d’arpentage de la dîmerie du Prieuré Sainte-Madeleine de Malaucène, dans le Vaucluse.
En plus du temps qu’il a fallu pour photographier toutes les pages, l’étude de la dernière page a posé quelques problèmes. Comme la plupart des documents, c’est là qu’est apposé le sceau ou le cas échéant, les sceaux.


En effet, plusieurs traces de cire rouge et noire sont conservées, dont deux en cire rouge qui sont des sceaux entièrement visibles.
Se faisant face verticalement au milieu du feuillet, deux lignes de cire semblent les lier. Sous le sceau le plus haut se trouvent des appositions de cire noir, dont une à gauche qui est à moitié conservée, ce qui permet d’apercevoir un filet externe sigillographique. Il est possible de supposer que la marque lui faisant face eut aussi été un sceau, qui présente cette même forme allongée voire ovale. Elle reste cependant trop abîmée pour y discerner des marques sigillographiques. La question se pose sur les autres traces de cire, à savoir si elles pourraient être des sceaux indéchiffrables ou de simples appositions de cire. La forme de certaines permet d’affirmer sans l’ombre d’un doute qu’il n’y avait là aucun sceau, mais d’autres sont plus sujets à discussion. La plupart sont illisibles à cause du papier resté collé sur celles-ci.


Les deux sceaux conservés sont identiques et appartiennent selon Henri Hours (directeur des Archives municipales de Lyon de 1959 à 1988) à Pierre Hyppolite du Vivier de Lansac (1694-1784). Chanoine au Chapitre Saint-Jean de Lyon, il est aussi le dernier abbé de l’abbaye de Relecq en Bretagne. Ses armes se présentent ainsi sur les sceaux: un écu de gueules, dans un cartouche, couronné de marquis, tenu par deux anges debout sur une terrasse.


Entre les deux sceaux armoriés du Vivier de Lansac se trouve une déchirure dans le papier. Le peu de cire présent autour de ce trou confirme que c’est en arrachant un sceau que la page a été ainsi abîmée. En observant de plus près les résidus encore collés sur l’acte, des motifs sont visibles, qui pourraient être ceux présents sur l’exergue d’un sceau. Cela n’est pas suffisant pour déterminer une armoirie et son sigillant, mais nous renseigne sur la présence d’au moins un quatrième sceau.
Il y aurait donc eu au moins quatre sceaux apposés sur l’acte 10 G 3353³, sous réserve d’un plus grand nombre qu’il est pour l’instant impossible de préciser. Ces appositions semblent être originales au sein de la section 10 G des Archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon, à voir si cela se retrouve dans d’autres documents inscrits sur SIGILLA.

Lancement d’une collecte aux AD du Rhône !

Ce mercredi dernier, l’équipe SIGILLA est allée à Lyon pour lancer une nouvelle campagne de collecte. Grâce à une subvention reçue de la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes, une collecte des sceaux conservés aux Archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon voit le jour. Avec l’aide d’un inventaire de sceaux créé par l’ancien conservateur des archives M. Henri Hours (qui décrit près de 900 empreintes !) une collecte systématique a été entamé. Cette collecte sera effectuée en collaboration avec les membres de l’équipe SIGILLA, des étudiants de l’Université Lyon III et des membres de la société civile. Une première présentation du travail à réaliser a été faite, et l’équipe est motivée !

Rendez-vous sur la base SIGILLA pour suivre leur progrès et voir les nouveaux ajouts !

Vous êtes dans la région lyonnaise et vous aimeriez bien nous rejoindre ? Mais avec plaisir ! Nous vous prions de nous contacter via sigilla-contact@groupes.renater.fr. A très bientôt !

Newsletter SIGILLA décembre 2024

Nous voilà au seuil des vacances de Noël. Cette année 2024 passée a été marquée par de grands changements pour SIGILLA et notamment la mise en ligne de la nouvelle version de la base de données. Nous sommes très contents du résultat et espérons que vous l’êtes également.

Depuis cet été et la dernière newsletter, l’équipe SIGILLA a programmé beaucoup d’activités afin de vous soutenir dans l’utilisation de la nouvelle version de la base. Ainsi plusieurs présentations générales des nouveautés et des fonctionnalités de la base ont été organisés en juillet et en septembre.

Depuis la rentrée, une stagiaire a commencé le travail d’alignement de nos sigillants présents dans la base avec les personnes saisies dans la base de référence, Bibale de l’IRHT. Sa première démarche consiste à un « nettoyage » des sigillants – notamment la suppression des doublons. Ce précieux travail se poursuivra en 2025.

En novembre dernier, SIGILLA a organisé un colloque en collaboration avec le Centre des archives diplomatiques consacré aux sceaux apposés sur les traités diplomatiques. Ces rencontres, « Sceller les traités », ont réuni des sigillographes, des archivistes et des historiens français et étrangers autour de ces grands sceaux majestueux. Deux journées très réussies !

En novembre, l’équipe a proposé deux nouvelles formations pour les contributeurs actifs. Ces formations ont souligné les différences existant entre l’ancienne et la nouvelle version de la base SIGILLA pour prémunir nos contributeurs des petits maux de tête dus aux nouveautés de cette version de la base.

Une nouvelle formation initiale à la saisie pour contributeurs débutants a eu lieu début décembre – la première pour cette nouvelle version de SIGILLA ! Ces contributeurs sont donc nés avec la nouvelle base et nous avons hâte de voir leurs contributions à la base.

Une subvention de la DRAC Bourgogne-Franche-Comté a été reconduite pour les années 2024 et 2025. Ainsi, de nouvelles formations et des collectes dans la région auront lieu dès le mois de janvier. Surveillez bien la base en 2025 pour les nouveaux ajouts franc-comtois !

Une nouvelle subvention de la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes a été accordée à SIGILLA pour un projet de collecte des sceaux lyonnais. L’objectif de cette collecte sera à la fois la collection des matrices au Musée des Beaux-Arts de Lyon et les sceaux conservés aux AD du Rhône présents dans l’inventaire d’Henri Hours. Un travail qui s’annonce passionnant et plein de pépites !

Les AD d’Ille-et-Vailaine ont par ailleurs fait part de leur souhait de contribuer à SIGILLA à partir de 2025.

Nous vous invitons à rester en contact avec nous via notre carnet hypothèses : https://sigilla.hypotheses.org/ ou bien nos présences sur les réseaux sociaux : X (ex-Twitter) : @BSigilla et Instagram : base_sigilla.

Il ne nous reste qu’à vous souhaiter une très belle fête de Noël et une excellente année nouvelle! Nous nous attendons en 2025 pour la suite de l’aventure !