Comme vous le savez peut-être, cette année 2026 est une année très importante pour SIGILLA. Il y a exactement 10 ans, en 2016, la toute première version de la base a vu le jour. Après un lancement du projet en 2013, les trois années suivantes ont été consacrées à motiver des partenaires, à concevoir une base de données relationnelle, à la faire développer, et bien sûr à collecter les premiers sceaux. Si l’on se retourne sur le travail accompli depuis dix ans, on en peut que se réjouir du succès de cette aventure scientifique collective et de la place qu’occupe désormais SIGILLA dans la recherche sigillographique internationale. Cette réussite nous vous la devons et nous vous remercions de tout cœur pour votre engagement, votre enthousiasme pour les sceaux et votre collaboration fidèle et indispensable.
Cependant, 10 ans après sa mise en ligne, SIGILLA continue à évoluer et à croître. Voici quelques activités et projets réalisés durant ce premier semestre de 2026.
La collecte en Bourgogne-Franche-Comté s’est poursuivie toute au long de l’année 2025 et jusqu’au printemps dernier avec des ateliers de saisie organisés par les Archives départementales du Doubs pour les étudiants en CMI ENPAJ de l’Université Marie & Louis Pasteur. Ces ateliers ont permis aux étudiants d’approfondir leurs connaissances sigillographiques et de faire progresser la collecte sur place. Une des étudiantes a même prolongé sa contribution SIGILLA par un stage aux archives pour effectuer. Bravo à l’équipe, continuez comme ça !
Grâce à une subvention de la région Nouvelle-Aquitaine, la collecte aux Archives départementales de la Haute-Vienne a pu se prolonger. Un jeune chercheur a été engagé jusqu’à la fin du mois de mai pour y terminer la collecte des sceaux connus. Dans le cadre d’un financement Biblissima+, il continue actuellement ses recherches sigillaires dans la région. Surveillez bien la base pour découvrir ses pépites issues des fonds de Nouvelle-Aquitaine !
Depuis septembre 2025, l’EPHE et les équipes SIGILLA et ArmmA collaborent avec la Humboldt Universität de Berlin sur un projet dédié à l’héraldique : HERALDIC – Heraldic Identity in Context. Financé conjointement par l’ANR et la DFG dans le cadre d’un appel franco-allemand, l’équipe binationale s’est réunie à Strasbourg en février 2026 pour faire le point sur le projet et discuter des prochaines étapes. Une intégration des sceaux armoriés dans le Digital Heraldry Research Environment est prévue prochainement afin de pouvoir décrire les armoiries sur les sceaux grâce à une ontologie (un thesaurus normalisé et encodé) précise qui permet le croisement des données et une meilleure analyse des éléments. L’équipe continue sa collaboration avec des réunions mensuelles en visioconférence.
Grâce à une donation de la Fondation Zaleski, SIGILLA a engagé un doctorant de l’Université de Poznan au printemps dernier pour mener une étude sur deux documents fondamentaux pour les relations franco-polonaises : l’acte de Confédération de Varsovie et l’acte d’élection de Henri de Valois (futur Henri III) en tant que roi de Pologne. Les deux actes datent de 1573 et comportent ensemble plus de 300 sceaux de la noblesse polonaise. Rendez-vous sur la base SIGILLA pour consulter ces actes et découvrir la sigillographie polonaise de l’époque moderne.
L’antenne helvétique de SIGILLA, Sigisuisse, s’épanouit. Une formation de nouveaux contributeurs a eu lieu en mars suivie par un atelier pratique de saisie à Strasbourg avec l’équipe alsacienne de SigiAl. Des collectes sont actuellement en cours aux Archives de l’Etat de Neuchâtel et aux Archives de l’Etat de Berne. Consultez régulièrement la base via le portail Sigisuisse pour découvrir toutes les nouveautés.
La collecte au sein des Archives départementales du Rhône se poursuit également. Avec l’aide de l’inventaire d’Henri Hours, une contributrice découvre les pépites sigillaires lyonnaises. Avec plus de 500 empreintes déjà saisies, l’inventaire manuscrit sera bientôt visible du public et dans son intégralité sur la base SIGILLA.
La saisie des moulages de la collection Flandre a avancé grâce aux efforts d’un stagiaire de master durant le mois de mai. Dans le cadre de son stage, il a opéré un croisement des données entre l’inventaire de Demay, les Archives départementales du Nord et le site Diplomata Belgica afin de relier les photos des moulages et à celles des empreintes (1re moitié du XIIIe siècle). La saisie n’est toutefois pas achevée ! Avis aux amateurs !
Dans le cadre du financement Biblissima+, dont SIGILLA bénéficie depuis 2022, l’équipe a présenté deux nouveaux modules lors des dernières Journées de Biblissima+ en mai dernier à Aubervilliers. Le module « épigraphie » qui s’appuie sur un clavier virtuel pour reconstruire les légendes de sceaux à partir de polices semi-imitatives sera prochainement en ligne. Le module « héraldique » qui fusionne les réalisations du site Heraldys (pour une reconstruction graphique des armoiries) avec une nouvelle fiche « Emblématique » valorise la mise en scène (para-) héraldique sigillaire est désormais actif sur la base.
Puisque ce nouveau module héraldique est déjà en ligne, la toute première formation a eu lieu à la mi-juin pour une poignée de contributeurs. Retrouvez d’ores et déjà sur la base les premières saisies de cette valorisation héraldique.
Laurent Hablot était en résidence pour un semestre de recherche aux Archives départementales des Côtes-d’Armor en 2025-2026. En plus de l’analyse et de la saisie des sceaux qui y sont conservés, il s’est chargé d’initier une dynamique de collecte dans la région : Sigi-Breizh. Ainsi, plusieurs collectes, formations et conférences ont eu lieu en Bretagne afin de mobiliser les archivistes, étudiants et publics intéressés à contribuer à la base SIGILLA.
La base SIGILLA est une base dédiée aux sceaux de l’époque médiévale jusqu’à nos jours. Dans cet esprit, la base a accueilli ses premiers sceaux très contemporains datant surtout des années 1950 et 1960. Grâce à un collaborateur travaillant au sein des Archives historiques de l’Union européenne, vous pouvez désormais visualiser les sceaux des institutions européennes telles la Cour de justice européenne ou bien le Secrétariat général du Conseil des Communautés européennes. Le sceau le plus récent sur la base date de 2009 – une preuve que l’usage des sceaux persiste toujours à nos jours. A découvrir dès maintenant !
L’antenne alsacienne de SIGILLA, SigiAl, basée à Strasbourg, poursuit sa collecte des sceaux conservés dans la région. Avec déjà plus de 14 500 empreintes saisies, le projet totalise désormais 25 % de toutes les empreintes sur SIGILLA. Ce projet en sciences participatives mobilise des volontaires de la société civile et des étudiants afin de contribuer à la collecte sur le terrain. Un beau projet qui existe depuis fin 2019. Bravo à toute l’équipe et surtout, continuez comme ça ! Vous pouvez suivre leur progrès sur son portail dédié.
Et nous voilà, à quelques jours des vacances. Nous vous remercions encore une fois pour votre soutien si précieux et vous souhaitons de très belles et reposantes vacances d’été et nous vous donnons rendez-vous à la rentrée pour la suite de l’aventure !
Bien cordialement, L’équipe SIGILLA – Laurent Hablot, Thomas Brunner, Catherine Kasteleiner
Arrivés à la fin de cette année 2025, nous pouvons nous retourner fièrement vers tous les chantiers accomplis ces derniers mois.
Ce deuxième semestre était sous le signe de la collecte avec beaucoup de campagnes différentes.
Depuis septembre, grâce au soutien du SIAF, Laurent Hablot est pour 6 mois en résidence aux Archives départementales des Côtes-d’Armor (22) pour relancer la collecte bretonne. A cette occasion, il collecte et saisit les sceaux qui y sont conservés en s’appuyant sur le précieux travail de Martine Fabre et l’analyse croisée des données SIGILLA et ARMMA, plus d’une centaine d’empreintes sont déjà consultables sur SIGILLA.
La collecte entamée en mai aux Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon se poursuit. Grâce aux efforts des contributeurs sur place, l’inventaire d’Henri Hours se transcrit en version numérique. Jusqu’à présent plus de 400 sceaux lyonnais se trouve dans la base, et leur nombre augmente de manière régulière. Ça vaut le coup d’y jeter un coup d’œil ! Cette mission de collecte est possible grâce à une subvention de la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes.
Nos amis alsaciens continuent leur collecte de sceaux de la région. Avec plus de 13 500 sceaux saisis, l’équipe a trouvé une bonne méthode ! Nous vous rappelons que cette antenne régionale, SigiAl – Sigillographie de l’Alsace, est portée par l’Université de Strasbourg et l’EPHE et engage des volontaires issus de la société civile. Pour suivre leurs nouvelles, n’hésitez pas à consulter leur carnet hypothèses.
La collaboration avec l’Université de Marie et Louis Pasteur (ancienne Université de Franche-Comté) et le parcours du CMI ENPAJ (Cursus Master en ingénierie – Edition numérique et Patrimoine de l’Antiquité à Nos Jours) se poursuit grâce à la reconduite d’une subvention de la DRAC Bourgogne-Franche-Comté. Pendant l’été, plusieurs étudiants ont pu profiter d’un job d’été pour faire avancer la collecte sur place. Ainsi, les Archives départementales du Doubs, de la Haute-Saône et de la Côte-d’Or ont vu le nombre de leurs sceaux dans la base augmente. Une formation à la base pour les nouveaux étudiants du CMI ENPAJ est prévue pour ces 17 et 18 décembre prochains. Surveillez bien la base pour les nouveaux ajouts de la région !
Le travail de recensement redémarre au sein des Archives départementales de la Haute-Vienne. A partir de décembre, un collaborateur se penche sur les sceaux limousins afin de les analyser et de les saisir sur la base SIGILLA. Une première partie de ce travail a déjà été effectuée au début de l’année 2024, et le but est d’achever le travail sur place. Grâce à une subvention reçue de la DRAC Nouvelle-Aquitaine, ce projet de collecte va poursuivre jusqu’au printemps 2026.
SIGILLA comprend désormais plus de 55 500 empreintes de sceaux. Avec une base de données de cette taille, il existe forcément quelques petites erreurs ou doublons. Pour augmenter la précision des données, nous avons engagé deux contributeurs chevronnés pour vérifier et fusionner les informations dans la base. Ainsi, une mission de dédoublonnage des sigillants vers un alignement avec la base Bibale de l’IRHT a vu le jour en septembre. De même, en novembre, une autre mission de vérification des données a commencé. L’objectif ici est de vérifier les données pour les grands sigillants : rois, reines, princes et princesses de France, remplissage des trous dans la collection Douët d’Arcq, etc. Ce travail est essentiel pour nous afin de vous garantir des données les plus fiables possibles lors de votre consultation et pour vos recherches.
En collaboration avec l’Institut Arthur Piaget à Neuchâtel (CH), le projet Sigisuisse a été officiellement lancé le 6 octobre dernier. Ce projet vise une collecte systématique des sceaux suisses, chapeauté par l’Institut, pour une saisie à la base SIGILLA. Inspiré par le projet alsacien, SigiAl, Sigisuisse fait appel à tous qui sont intéressés par la sigillographie. Pour plus d’informations sur ce projet, rendez-vous sur le portail Sigisuisse de la base. Nous aurons le plaisir de découvrir ce nouveau paysage sigillaire ensemble !
Le projet HERALDIC – Heraldic Identity in Context – un projet franco-allemand ANR-DFG entre l’Ecole pratique des hautes études et l’Université Humboldt à Berlin a officiellement débuté le 1er septembre. Ce projet prévoit la saisie commune des données héraldiques venant de supports divers (sceaux, monuments, armoriaux, etc.) afin de faciliter l’étude de ces emblèmes. Il finance en grande partie le fonctionnement de SIGILLA et SigiAl pour ces prochaines années. Suivez-nous pour les évolutions du projet.
Dans le cadre de l’amélioration du module héraldique de la base SIGILLA, vous avez peut-être déjà remarqué le retour des images des armoiries. Cette représentation visuelle est possible grâce à l’outil Heraldys, qui permet de dessiner automatiquement les armoiries à partir d’un blasonnement. Tenez-vous prêts pour d’autres évolutions du module héraldique dans les prochaines semaines. Nous vous dévoilerons ce nouvel outil dès qu’il sera prêt !
Le travail sur le module épigraphique avec notre collaboratrice, Délia Préteux, touche sa fin. Un compositeur de reconstitution graphique des allographes a déjà été testé afin de mieux visualiser et de mieux répertorier les formes d’écritures présentes sur les sceaux. Cet outil devrait être disponible pour le public début de l’année prochaine. Nous reviendrons vers vous en 2026 avec quelques propositions de formation.
Et nous voilà à quelques jours des vacances de fin d’année. Toute l’équipe vous souhaite de belles fêtes de Noël et de nouvelle année et un repos bien mérité. Nous nous retrouverons en 2026 pour la suite de notre collaboration et une année pleine de découvertes !
Bien cordialement,
L’équipe SIGILLA – Laurent Hablot, Thomas Brunner, Catherine Kasteleiner
C’est la quatrième année de suite où les étudiants du parcours CMI ENPAJ de l’Université de Marie-et-Louis Pasteur à Besançon ont suivi une formation à la base SIGILLA ! Cette collaboration née grâce à une subvention de la DRAC Bourgogne-Franche-Comté et le soutien des archives de la région – surtout les Archives départementales du Doubs – peut témoigner de plus de 2 000 de sceaux saisis sur la base SIGILLA depuis le début.
Ces mercredi et jeudi passés, c’était l’heure pour les nouveaux étudiants à apprendre la saisie dans la base de données. Le matin a commencé avec une introduction à la sigillographie et au fonctionnement de la base. Ensuite, l’équipe est passé du théorique au concret, et a essayé d’employer les connaissances acquises le matin sur de vrais documents.
La formation a inclus une visite des archives où les étudiants ont eu l’occasion de voir quelques documents d’exception.
C’était une formation bien réussite et nous avons hâte de voir les contributions de cette nouvelle année de CMI à la base dans la nouvelle année !
Lors d’une vaste opération visant à compléter les fiches de la base de données SIGILLA à propos des sceaux conservés aux Archives Départementales du Doubs, à Besançon, nous avons fait quelques découvertes intéressantes. Ces archives présentent une quantité notable de sceaux de juridiction de la cour du duché de Bourgogne. Il s’agit d’au moins 28 empreintes, accompagnées de leurs contre-empreintes en été 2025. Cela peut paraître inattendu étant donné que le territoire de l’actuel département du Doubs recouvre les anciens territoires de la ville libre impériale de Besançon et du comté de Bourgogne. En somme, des territoires qui sont voisins au duché de Bourgogne. Si par exemple, le comté et le duché ont été réunis par un seigneur commun, notamment les ducs-comtes Eudes IV de Bourgogne (1330-1347) et Philippe de Rouvres (1347-1361), puis les fameux Bourgogne-Valois (1384-1482), nous avons relativement peu de sceaux. En effet, la plupart des sceaux actuellement rencontrés n’ont aucun rapport direct avec les ducs de Bourgogne, mais plutôt leurs vassaux ou leurs familles, qui eux pouvaient avoir des terres à la fois dans le duché et dans le comté de Bourgogne. Il n’était alors pas rare qu’ils fassent appel à la chancellerie ducale pour authentifier leurs actes, ou que celle-ci prenne bien en copie et conserve les divers actes prononcés par lesdits vassaux.
Les grands sceaux ou sceaux de juridiction
Pour l’instant, la base de données SIGILLA référence quatre sceaux de juridiction ou grands sceaux pour la cour du duché de Bourgogne. Ils sont tous plus ou moins associés à des contre-sceaux qui leur sont propres. Les sceaux qui nous intéressent sont les deux plus anciens. Actuellement, ils sont datés entre 1277 et 1362 pour le premier, puis 1362 et 1363 pour le second. Comme nous pouvons le constater, les deux sceaux ont été utilisés pendant l’année 1362. Ce premier sceau (fig. 1), rond avec un diamètre avoisinant les 60 mm est décrit comme tel :
Fig. 1 : “Sceau de juridiction” ou grand sceau de la cour du duché de Bourgogne, utilisé entre 1277 et 1362.
« Personnage représenté de face, assis sur un banc garni d’un coussin, coiffé d’un couvre-chef en forme de mortier, vêtu d’une robe à manches étroites, descendant à mi-jambes. Il étend sa main droite vers un livre ouvert posé sur un pupitre ; de la gauche il soutient l’écu de Bourgogne (bandé de six pièces à la bordure) ».
Il a pour légende : « + ⋮ SIGILLVM : CVRIE : DVCIS : BVRGVNDIE (huit points rangés en fleurette) ».
Ce que l’étude des sceaux des Archives Départementales du Doubs nous a permis, c’est de déterminer à quelques semaines près, entre juillet et août 1362, le moment où ce sceau est remplacé par un nouveau. Ce dernier sceau (fig. 2), lui aussi rond et de près de 60 mm de diamètre est décrit comme ceci :
Fig. 2 : Moulage (Bourgogne 572), du “Sceau de juridiction” ou grand sceau de la cour du duché de Bourgogne, utilisé entre 1362 et 1363.
« Personnage représenté de face, assis sur un banc, les cheveux bouclant sur les oreilles. Il est drapé dans un manteau qui passe sur l’épaule gauche. Il étend la main droite sur un livre ouvert, il soutient, de la gauche, l’écu de Bourgogne ancien (bandé de six pièces à la bordure). Au-dessus de sa tête, un dais d’architecture ; dans le champ du sceau, des fleurs de lys. »
Nous manquons encore de données pour pouvoir indiquer fidèlement la légende de ce nouveau sceau, mais voici ce dont nous sommes certains : « S’ CV RIE : DVCA [___] RGONDIE ». Nous estimons que sa forme développée serait : « Sigillum curie ducatus (ou ducatis) Burgondie ».
Les deux sceaux se ressemblent. Il reste un personnage central, qui est assis sur un siège, bien que sa posture soit devenue plus droite, avec un écusson de Bourgogne ancienne à droite, et un livre à gauche. Les ajouts notables sont le dais en haut et qui vient occuper une place précédemment détenue par la légende, ainsi que les fleurs de lys en fond. Un autre élément notable, notamment pour faire la distinction entre les deux sceaux, est que l’écusson s’enfonce plus profondément dans la légende et que les pieds du personnage coupent celle-ci. Il y a donc moins de place pour la légende, ce qui explique pourquoi elle est bien plus courte que celle du sceau précédent, mais indique la même chose : il s’agit du sceau de la cour du duché de Bourgogne.
Les contre-sceaux
Ces sceaux sont souvent accompagnés de contre-sceaux qui, dans l’état actuel des connaissances, semblent avoir été utilisés pendant la même période. Le premier contre-sceau (fig. 3), rond, d’un diamètre de 35 mm, utilisé entre 1277 et 1362 est décrit ainsi :
Fig. 3 : Contre-sceau de la cour du duché de Bourgogne, utilisé entre 1277 et 1362.
« Ecu bandé de six pièces à la bordure (Bourgogne duché, ancien), entouré d’un rinceau portant des grains trois par trois, et surmonté d’une palmette. »
La légende lue est : « + 9 T : S. CVRIE : DVCIS : BVRG’ » et sa forme développée serait : « contra sigillum curie ducis Burgundie ».
Tout comme pour les sceaux, ce contre-sceau est remplacé par un autre en été 1362. Le nouveau contre-sceau (fig. 4), rond et d’environ 33 mm de diamètre, est décrit comme tel :
Fig. 4 : Contre-sceau de la cour du duché de Bourgogne, utilisé entre 1362 et 1363.
« Un écu bandé de six pièces à la bordure, accompagné de trois fleurs de lys, une en chef, une à chaque flanc, et, en pointe, de deux palmes, le tout dans un quadrilobe coupant la légende. »
La légende est : « 9TRAS’ CVR’ DV / CAT’ BVR / GODIE » et sa forme développée est : « contrasigillum curie ducatus Burgondie ».
Comme pour les grands sceaux, nous pouvons constater que la fleur de lys apparaît en 1362, et que la légende est découpée en plusieurs endroits. Toutefois, les éléments les plus marquants de l’ancien contre-sceau sont préservés : l’écu du duché de Bourgogne, et la palme. Si la légende est différente, elle veut dire la même chose : contre-sceau de la cour du duché de Bourgogne.
Le changement de sceau et ses causes
Maintenant, il s’agit de préciser ce changement de sceau. En effet, les actes auxquels sont attachées les empreintes nous permettent de dire que ce changement a été effectué en été 1362, entre juillet et août. Peut-être que l’avancée des recherches nous permettra d’être plus précis à l’avenir, mais il nous semble important de mentionner quelques éléments avant de proposer une explication à ce changement.
Tout d’abord, il faut noter que tous les documents étudiés aux Archives Départementales du Doubs, sont issus du trésor des Chartes des comtes de Bourgogne. Ce fonds a été constitué à la fin du XIIIe siècle lorsque le comte de Bourgogne Othon IV laisse les affaires du comté au profit du roi de France, Philippe le Bel. Ce trésor regroupe donc les actes fondamentaux relatifs au comté de Bourgogne, la famille des comtes et leurs alliés (voire ennemis). Ensuite, nous pouvons remarquer que tous les actes auxquels sont attachés les sceaux qui nous intéressent, sont des vidimus et plus généralement des copies d’actes existants. Les sujets sont assez variés et concernent effectivement ce dont on peut s’attendre en consultant le Trésor des Chartes des comtes de Bourgogne. Pour exemple, les deux actes connus les plus récents et dont nous avons la certitude qu’ils ont été scellés du premier sceau (1277-1362), datent du « VIIII » juillet 1362. Le premier (AD 25, 1 B 18-12) est le vidimus d’un accord datant de 1262 entre Jean de Bourgogne (comté) et son frère Othon IV. Le second (AD 25, 1 B 16-10) est aussi une copie d’un acte de 1328 entre la reine de France, Jeanne de Bourgogne et Henri de Bourgogne, chevalier à propos de la succession de leur oncle, Hugues de Bourgogne. De l’autre côté, l’acte connu et le plus ancien scellé du second sceau (1362-1363) date du « XI » août 1362. Il s’agit là aussi d’un vidimus d’un acte de 1312 (AD 25, 1 B 29-9), où l’officialité de Langres déclare ajouter son sceau au testament d’Hugues de Bourgogne (comté). La nature de ces copies n’a rien de surprenant pour une chancellerie ducale, mais peuvent déjà nous donner une piste sur les raisons du changement de sceaux. L’autre indice est la date : entre le 9 juillet 1362 et le 11 août 1362.
Avant d’enfin proposer une piste d’interprétation, il faut aussi faire remarquer que la plupart des sceaux que nous avons étudiés sont en mauvais état. La plupart sont fragmentaires avec seulement quelques légers indices. Certains actes sont tout aussi en mauvais état que les sceaux… Sans la base de données SIGILLA, il faudrait avoir une très bonne connaissance de ces sceaux pour savoir rattacher correctement les fragments au bon sceau type, surtout dans une période d’activité aussi restreinte (1 mois).
Une fois ce constat fait, il faut nous interroger sur les raisons qui auraient pu justifier le changement de sceau. S’agissant des sceaux de la cour du duché de Bourgogne, il faut s’intéresser à son maître en 1362. Cette année correspond justement à une période de transition entre les différents ducs de Bourgogne (et comtes). En novembre 1361 le duc et comte de Bourgogne (par alliance), Philippe de Rouvres décède. N’ayant pas d’enfant, sa mort met un terme à la dynastie des Capétiens. Le roi de France, Jean le Bon, en profite alors pour récupérer le duché à son compte. En 1362, il semblerait que la veuve du duc, la duchesse Marguerite de Flandre, ou plus probablement ses conseillers, puisqu’elle était alors âgée de douze ans, aurait déclenché une politique de centralisation documentaire à Dijon. Les autorités locales étaient alors chargées de fournir des copies de leurs actes, notamment à la chambre des comptes de Dijon. Du côté franc-comtois, le comté reste chez les Capétiens et revient à Marguerite de Bourgogne, fille de Philippe V le Long et de Jeanne II de Bourgogne, elle-même fille du comte Othon IV de Bourgogne. La séparation administrative entre comté et duché de Bourgogne peut aussi expliquer la multiplication de copies produites à ce moment-là. Ce n’est qu’une vingtaine d’années plus tard que les deux Bourgogne seront de nouveau réunis pendant un siècle sous les Valois.
Pour l’instant, cela ne semble expliquer que l’intensité de l’activité de la chancellerie ducale, pas son changement de sceau. Cela témoigne cependant d’une évolution dans l’administration ducale et du transfert d’archives et éventuellement de nouveaux administrateurs. La raison paraît assez évidente, et l’apparition des fleurs de lys sur les sceaux le confirme : le duché étant revenu dans le giron royal, il convenait d’en marquer le changement à travers les symboles du pouvoir. La période d’utilisation de ces sceaux à la fleur de lys semble corroborer cette interprétation. En effet, dans l’état actuel des connaissances, ils auraient été utilisés seulement en 1362 et 1363. Nous pouvons supposer que lorsque Philippe le Hardi, fils du roi Jean le Bon, obtient le duché en 1363, il fait remplacer ce sceau peu de temps après. Malheureusement, nous avons un hiatus d’une quinzaine d’années entre 1363 et 1377, ce qui nous empêche de confirmer cette théorie pour le moment. À noter qu’en 1369, la veuve du duc Philippe de Rouvre, Marguerite de Flandre, épouse le successeur de son défunt mari.
Les sceaux suivants ?
En ce qui concerne les sceaux qui succèdent à ceux de 1363, il nous faut pousser un peu plus nos investigations pour bien les comprendre. Ce qui est sûr, c’est que les changements sont assez notables. Le grand sceau (ou sceau de juridiction en fonction des actes) conserve un personnage assis sur un siège qui est composé d’un lévrier de chaque côté et sous un dais (fig. 5). Il tient toujours à gauche un livre et à droite un écu du duché de Bourgogne. Cette fois, l’écu est aux armes dites « modernes » en effet, nous pouvons les décrire comme tel : « Écartelé, aux 1 et 4 de Bourgogne moderne (à la fleur de lys et à la bordure componée), aux 2 et 3 de Bourgogne ancien (Bandé ; à la bordure) ». Ces nouvelles armes, notamment à travers la fleur de lys, tendent à rappeler le sang royal dont est issu la nouvelle dynastie des ducs de Bourgogne. L’écu n’entre désormais plus dans la légende qui est séparée du champ par un feston. Tout comme le livre, l’écu est tenu par un ange. Enfin, les pieds du personnage reposent sur deux lions et séparent la légende en bas et les fleurs de lys ont disparu du champ. Il s’agit donc toujours d’un sceau rond, mais légèrement plus grand. En effet, si les anciens étaient autour des 60 mm de diamètre, celui-ci est autour des 65 mm.
Fig. 5 : “Sceau de juridiction” ou grand sceau de la cour du duché de Bourgogne, utilisé à partir du règne de Philippe le Hardi.
Pour ce qui est de la légende, il est inscrit : « SIGILLUM : MAGNUM : CURIE : DUCIS : BURGUNDIE ». C’est très proche de ce que nous avons observé auparavant, toutefois, nous pouvons noter l’apparition de « Magnum » qui souligne qu’il s’agit du grand sceau de la cour du duché de Bourgogne.
Enfin, le contre-sceau (fig. 6) de ce grand sceau est rond, d’un diamètre autour des 33-35 mm (comme les précédents) et peut être décrit comme tel : « Écu écartelé de Bourgogne moderne et de Bourgogne ancien, sommé d’une petite fleur de lys, dans une rosace à huit lobes ». L’écu a donc été mis à jour, et la petite palme a été remplacée par une fleur de lys. L’encadrement du champ est devenu une rosace à huit lobes. La légende, entre grenetis, se lit : « † CONTRA SIGILLUM : CURIE : DUCIS : BURGONDIE ». Il s’agit donc des mêmes informations que les contre-sceaux les plus anciens.
Fig. 6 : Contre-sceau de la cour du duché de Bourgogne, utilisé à partir du règne de Philippe le Hardi.
L’usage de ces nouveaux semble durer pendant toute la période des ducs de Valois-Bourgogne, mais il nous faut encore perfectionner nos études pour bien cerner son usage et évolution.
Conclusion
L’étude des sceaux du Trésor des Chartes des comtes de Bourgogne aux Archives Départementale du Doubs a permis d’éclaircir la période de transition entre deux types de sceaux de la cour du duché de Bourgogne, mais aussi deux dynasties. Pendant environ un siècle, la cour du duché de Bourgogne n’avait apparemment pas changé de sceau de juridiction, ou grand sceau. Puis en 1362, il change en même temps que son passage dans la maison royale française des Valois. Grâce aux actes et sceaux conservés aux Archives Départementales du Doubs, nous pouvons dater ce passage au mois près : entre juillet et août. D’une certaine manière, c’est même grâce à des outils modernes tels que la base de données SIGILLA que nous parvenons à rattacher des sceaux très fragmentés à des sceau-types et différencier deux sceaux très similaires alors qu’ils sont en mauvais état de conservation. Le sceau de 1362 ne semble pas avoir été utilisé après 1363, mais il faut encore approfondir nos recherches pour combler une quinzaine d’années de hiatus. Le grand sceau qui lui succède démontre une intéressante continuité avec ceux qui l’ont précédé. En effet, les trois grands sceaux conservent comme iconographie principale un personnage assis sur un siège avec un livre ouvert dans sa main en senestre et l’écu du duché de Bourgogne en dextre. Idem pour les contre sceaux : il s’agit grossièrement de l’écu du duché de Bourgogne. La légende signifie généralement la même chose que ce soit entre les grands sceaux ou entre les contre-sceaux. Quand les sceaux de la période « royale » se contentent d’ajouter des fleurs de lys, les sceaux de l’époque Valois-Bourgogne mettent à jour l’écu de Bourgogne en le remplaçant par le moderne et ajoutent plusieurs paires de figures au champ du grand sceau : des anges, des lévriers et des lions. Un autre élément notable de ce grand sceau, est qu’il est légèrement plus grand que les précédents alors que les contre-sceaux sont sensiblement de même diamètre. Malgré leurs différences, ces sceaux s’inscrivent dans une continuité cohérente, vraisemblablement d’ordre dynastique.
Enfin, continuer à mener des recherches, que ce soit aux Archives Départementales du Doubs ou ailleurs, nous permettrait de confirmer ou non cette piste et parfaitement comprendre l’évolution des sceaux de la cour du duché de Bourgogne.
Dans le cadre de ma mission temporaire pour le projet SIGILLA, menée en collaboration avec les Archives départementales de la Côte-d’Or, j’ai pour mission de photographier et numériser la collection des pièces scellées recensées à ce jour, conservée au sein des Archives départementales de la Côte-d’Or.
Aurélia Bénas, est chargée du suivi du projet SIGILLA au sein des Archives départementales de la Côte-d’Or. Elle se consacre principalement à la description des derniers documents qui ont été intégrés dans cette série et à l’harmonisation archivistique de l’ensemble des pièces scellées.
Frédéric Petot, photographe, m’a apporté son assistance dans l’élaboration du dispositif technique, afin d’optimiser le processus de numérisation de ces documents fragiles, tout en tenant compte de leurs spécificités et des contraintes matérielles.
Estelle Pin, webmaster, est chargée de vérifier l’arborescence informatique ainsi que le nommage des fichiers image, afin d’assurer leur cohérence avec les différentes bases de données associées, en vue d’une meilleure valorisation sur le site internet des Archives.
Les échanges réguliers et constructifs avec ces trois interlocuteurs me permettent de mener à bien ma mission dans des conditions satisfaisantes pour SIGILLA.
Pour cela, j’utilise un scanner professionnel grand format, capable de numériser chaque pièce en recto-verso. Cet équipement présente l’avantage d’aplatir les parchemins sans les détériorer, grâce à des capteurs de pression intégrés à la vitre de numérisation, ce qui en améliore nettement la lisibilité. Par ailleurs, une fois ces paramètres définis en début de session par l’utilisateur, le logiciel associé permet d’enregistrer automatiquement les images en intégrant la cote, le format et le répertoire de destination.
Je procède ensuite à la prise de vue des sceaux, à l’aide d’un appareil photo installé sur un mât vertical (a), d’une table de prise de vue (b) et de deux projecteurs (c et d). Le mât permet de stabiliser l’appareil pour garantir une position fixe et régulière. La table, de couleur neutre, offre un fond uniforme qui met en valeur les détails du sceau. L’éclairage est assuré exclusivement par ces deux projecteurs : le principal, placé en lumière rasante, révèle le relief du sceau, tandis que le second, en lumière d’ambiance, assure une lisibilité optimale. Ce dispositif me permet d’obtenir des images nettes et précises, qu’il s’agisse de sceaux de la taille d’une pièce de 2 centimes ou de formats plus imposants, équivalents à un disque.
Pour réunir tous ces éléments, j’utilise la méthode de capture connectée disponible via le logiciel Lightroom. Cette technique consiste à relier l’appareil photo à mon ordinateur par un câble, puis à déclencher les prises de vue directement depuis le logiciel. Une fois le sceau positionné sur la table de prise de vue, je crée une session associée à la cote du document. Une barre d’outils s’affiche à l’écran, me permettant de régler à distance tous les paramètres de l’appareil (mise au point, exposition, etc.) et de déclencher la prise de vue sans contact direct. L’image s’affiche instantanément sur l’écran, ce qui me permet de vérifier immédiatement sa qualité. Une fois le sceau et, le cas échéant, le contre-sceau photographiés, j’exporte les images vers les sous-dossiers prévus à cet effet. Ces fichiers, qu’ils proviennent du scanner ou de l’appareil photo, seront ensuite intégrés à la base de données SIGILLA.
Cette mission a deux objectifs principaux : d’abord, permettre à tout le monde de découvrir les pièces scellées conservées aux Archives départementales de la Côte-d’Or, en les mettant en ligne. Ensuite, de protéger ces documents fragiles dans le temps. Grâce à la numérisation et à la photographie, il ne sera plus nécessaire de les manipuler : chacun pourra les consulter directement sur internet, sans risquer d’abîmer les originaux dont la conservation et la préservation continuera à être effectuée par la Direction des Archives départementales. Mais également, toutes ces images viendront complétés l’imposante collection de la base SIGILLA, sans qui, cette mission n’aurait pu voir le jour.
Cette semaine, la base SIGILLA a franchi un nouveau jalon : le nombre des actes répertoriés des Archives départementales du Doubs a dépassé les 1 600 ! Ce chiffre énorme n’est possible que grâce à une intégration de l’inventaire de Jean Courtieux mais aussi aux efforts des étudiants de l’Université de Franche-Comté. Attachées à ces 1 600 actes se trouvent 1 839 empreintes !
Un étudiant contractuel est actuellement chargé de numériser des actes avec leurs sceaux et de compléter les informations déjà intégrées de l’inventaire de Jean Courtieux. Sur ses efforts s’ajoutent les étudiants du parcours CMI ENPAJ de l’université qui se rencontrent tout au long de ce semestre pour faire avancer la collecte sur place sur un autre fonds. Ensemble, ils visent une collecte plus précise et plus développée afin de mieux connaître les pratiques sigillaires dans le Doubs.
Vous pouvez consulter ce travail sur la page dédiée aux Ad Doubs de la base SIGILLA. Nous vous invitons à consulter la page régulièrement, comme il y a toujours des nouveautés et des ajouts. Un grand merci à tous nos collaborateurs dans le Doubs et félicitations pour un travail bien fait !
Ce projet de collecte est soutenu par une subvention reçue de la DRAC Bourgogne-Franche-Comté.
Plusieurs missions ont déjà été effectuées à Besançon et près de cinq cent empreintes ont déjà été saisies sur la base en 2023 et 2024. De retour à la sigillographie en parallèle de mes études, j’ai eu l’occasion de travailler sur les liasses conservées aux archives municipales de Besançon pendant quelques semaines. Durant ce mois de janvier 2025, mes recherches se portaient sur la série FF, une série qui regroupe des documents juridiques allant du XIVe au XVIIe siècles. Il est bien évidemment impossible de mettre à l’honneur tous les sceaux que j’ai rencontrés là-bas, c’est pourquoi je vous propose une synthèse centrée seulement sur quelques empreintes et documents afin de montrer leur diversité.
J’attire premièrement votre attention sur une empreinte incroyablement bien conservée du sceau du secret de Maximilien II de Habsbourg (1527-1576) conservée aux AM à la côte FF 6/4. En tant qu’empereur du Saint-Empire, ce sigillant possède de nombreux sceaux aux dispositions et accents différents. L’empreinte dont je vous parle aujourd’hui a été apposée en 1567 sur une lettre de l’empereur, à l’issu d’une session de la Chambre Impériale du Saint-Empire (celle-ci avait pour mission de prononcer un jugement pour chaque affaire portée devant elle). Sentence faite, Maximilien II déclare dans sa lettre que les juges impériaux sont incapables de juger le conflit que Besançon leur a fait porter et que le jugement à retenir sera celui des juges locaux. Ah les administrations ! Ce qui démarque cette empreinte des autres c’est surtout son état général de conservation. Un état quasi intact aux poussières et autres parasites qui viennent habituellement s’agglomérer sur la cire et la détériorer. Ici l’empreinte est protégée par une boîte en fer, un dispositif exceptionnel qui favorise une conservation optimale et nous permets d’avoir sous les yeux une empreinte remarquablement bien conservée. Certes, l’empreinte est fissurée, mais cela n’altère pas sa beauté !
Plus rare dans des archives municipales, on retrouve aussi dans la série FF une bulle papale en plomb à la côte FF 22/15. Dans le cas présent, il s’agit de celle de Nicolas V (1397-1455), un des nombreux papes de l’Église du XVe siècle. Concernant l’empreinte en elle-même elle est également très bien conservée du fait de la dureté et de la durabilité de sa matière. Aussi, on peut remarquer que les cordelettes rouges et jaunes qui servent d’attaches sont encore présentes. Cela rajoute de la beauté au document.
Aussi, le fait que l’empreinte soit conservée aux archives municipales rajoute quelque chose d’inédit puisque découvrir un pape au milieu de tous les autres sigillants locaux est purement surprenant et réjouissant ! Quant à l’acte en lui-même, il est rédigé en latin et fait état du jugement de Nicolas V concernant une affaire locale impliquant l’archevêque de Besançon, Quentin Ménard (1382-1462). La décision de ce dernier de démolir le village de Bregille lui avait valu de nombreuses remontrances de la part de certains locaux, de l’empereur du Saint-Empire et visiblement du pape lui-même !
J’aimerai aussi mettre en avant un dernier document avec une empreinte sous papier du sceau de Ferdinand III de Habsbourg (1608-1657). Pourquoi cette empreinte en particulier ? Selon moi il s’agit d’un exemple très représentatif de ce à quoi ressemblent la majorité des documents que j’ai eu à traiter durant ce mois de janvier 2025 avec la série FF. D’autre part, ce document fait mention d’un sigillant que j’avais déjà évoqué lors d’un précédent article : Daniel de Chevannay. On observe souvent sur les sceaux sous papier que les détails sont moins bien capturés de part l’épaisseur du papier qui vient s’ajouter entre le sceau et la cire lors du scellage Ici au contraire, on retrouve une empreinte riche et fine en détails. Les lettres de la légende, les plumes de l’aigle, et chaque élément est fidèlement capturé sur cette empreinte. Pour ce qui est du contenu de l’acte, il s’agit d’une lettre de l’empereur Ferdinand III adressée à la ville de Besançon afin de réaffirmer la nécessité que la ville assiste aux Cour d’Empire. Même libre, Besançon doit s’engager à envoyer ses représentants, et pour appuyer cela, l’empereur condamne alors la ville à une amende provisoire.
Encore une fois, cette vacation était pour moi l’occasion de travailler sur les sceaux et de continuer de me former à la recherche. Je remercie une nouvelle fois Sigilla (et ses coordinateurs/trices) pour ce projet auquel je suis très fière de participer ! Voilà bientôt deux ans que j’ai fait mes premières saisies et j’espère avoir l’occasion d’en faire à nouveau.
La Bibliothèque municipale de Besançon possède une belle collection des matrices du XIIe au XVIIIe siècle. Suite à une collaboration entre SIGILLA et la Bibliothèque, ces matrices sont désormais mieux connues. Grâce aux photos et aux analyses faites par notre collaborateur, Matthieu Muller, la Bibliothèque a créé une rubrique dédiée aux matrices sur la plateforme Mémoire vive – Patrimoine numérisé de Besançon.
La nouvelle année commence bien avec le lancement d’une campagne de collecte en Bourgogne-Franche-Comté. Lauréat d’une subvention de la DRAC Bourgogne-Franche-Comté, SIGILLA, avec nos partenaires de l’Université de Franche-Comté et des archives, sont prêts à continuer à trouver et à analyser les sceaux conservés dans la région.
Une formation à la base SIGILLA a eu lieu ces lundi et mardi passés pour les étudiants en CMI ENPAJ et en L3 Histoire. Après une introduction à la sigillographie et la base, nous avons organisé ensemble avec les Archives départementales du Doubs des ateliers pratiques. Les étudiants ont visité les archives, reçu des conseils pour bien prendre des photos de la photographe des archives, et ensuite se sont lancés à la collecte !
Des demi-journées de collecte sont programmées tout au long de ce nouveau semestre. En plus, quelques anciens contributeurs sont revenus pour nous aider à continuer la collecte dans autres dépôts.
Surveillez bien la base pour les ajouts franc-comtois !
Voici quelques impressions des journées de formation :
Nous voilà au seuil des vacances de Noël. Cette année 2024 passée a été marquée par de grands changements pour SIGILLA et notamment la mise en ligne de la nouvelle version de la base de données. Nous sommes très contents du résultat et espérons que vous l’êtes également.
Depuis cet été et la dernière newsletter, l’équipe SIGILLA a programmé beaucoup d’activités afin de vous soutenir dans l’utilisation de la nouvelle version de la base. Ainsi plusieurs présentations générales des nouveautés et des fonctionnalités de la base ont été organisés en juillet et en septembre.
Depuis la rentrée, une stagiaire a commencé le travail d’alignement de nos sigillants présents dans la base avec les personnes saisies dans la base de référence, Bibale de l’IRHT. Sa première démarche consiste à un « nettoyage » des sigillants – notamment la suppression des doublons. Ce précieux travail se poursuivra en 2025.
En novembre dernier, SIGILLA a organisé un colloque en collaboration avec le Centre des archives diplomatiques consacré aux sceaux apposés sur les traités diplomatiques. Ces rencontres, « Sceller les traités », ont réuni des sigillographes, des archivistes et des historiens français et étrangers autour de ces grands sceaux majestueux. Deux journées très réussies !
En novembre, l’équipe a proposé deux nouvelles formations pour les contributeurs actifs. Ces formations ont souligné les différences existant entre l’ancienne et la nouvelle version de la base SIGILLA pour prémunir nos contributeurs des petits maux de tête dus aux nouveautés de cette version de la base.
Une nouvelle formation initiale à la saisie pour contributeurs débutants a eu lieu début décembre – la première pour cette nouvelle version de SIGILLA ! Ces contributeurs sont donc nés avec la nouvelle base et nous avons hâte de voir leurs contributions à la base.
Une subvention de la DRAC Bourgogne-Franche-Comté a été reconduite pour les années 2024 et 2025. Ainsi, de nouvelles formations et des collectes dans la région auront lieu dès le mois de janvier. Surveillez bien la base en 2025 pour les nouveaux ajouts franc-comtois !
Une nouvelle subvention de la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes a été accordée à SIGILLA pour un projet de collecte des sceaux lyonnais. L’objectif de cette collecte sera à la fois la collection des matrices au Musée des Beaux-Arts de Lyon et les sceaux conservés aux AD du Rhône présents dans l’inventaire d’Henri Hours. Un travail qui s’annonce passionnant et plein de pépites !
Les AD d’Ille-et-Vailaine ont par ailleurs fait part de leur souhait de contribuer à SIGILLA à partir de 2025.
Nous vous invitons à rester en contact avec nous via notre carnet hypothèses : https://sigilla.hypotheses.org/ ou bien nos présences sur les réseaux sociaux : X (ex-Twitter) : @BSigilla et Instagram : base_sigilla.
Il ne nous reste qu’à vous souhaiter une très belle fête de Noël et une excellente année nouvelle! Nous nous attendons en 2025 pour la suite de l’aventure !